Maurice Michower s’est éteint le 15 avril 2026, à l’âge de 98 ans. Ancien enfant de l’OSE, survivant de la Shoah, dirigeant engagé et passeur de mémoire, il a consacré sa vie à faire vivre les liens qui l’avaient sauvé. De son enfance brisée par la guerre à son rôle central dans la fondation et l’animation de l’Amicale des Anciens, son parcours raconte à la fois une histoire intime et une histoire collective : celle d’une famille recomposée, fidèle, qui n’a jamais cessé de se retrouver.
Maurice Michower est né en Pologne, le 16 mars 1928, à Minsk-Maziowiecki, ville dont sa famille est originaire depuis deux générations. Il est l’aîné de la famille, ses deux sœurs, Khaya et Sheyndele naissent en 1930 et 1933. Son père, Josef, est violoniste et sa mère, Henia, est femme au foyer. Maurice fréquente l’école juive. A la maison, on parle yiddish et polonais.
Du fait de l’antisémitisme extrêmement virulent dans la région, notamment à l’été 1936, Josef Michower quitte la Pologne pour s’installer à Paris, dans le 12ème arrondissement et faire venir sa famille, qui le rejoint en 1937. Il trouve un emploi de terrassier dans une entreprise de travaux publics, les enfants vont à l’école française.
En 1939, toutes les écoles sont évacuées, Maurice est envoyé avec ses sœurs et sa mère dans la Nièvre, chacun dans une ville différente. En septembre 1940, l’ordre est donné de rentrer à Paris, les enfants retournent à l’école, où ils sont confrontés à un violent antisémitisme. A la fin de l’année scolaire, Maurice est lauréat de son arrondissement au certificat d’études. Son oncle David, pris un mois plus tôt dans la rafle du billet vert, est déporté en juin 1942 de Drancy.
Début 1942, Josef Michower obtient un certificat prescrivant que Maurice soit envoyé dans un préventorium au château de Sillery, à Epinay-sur-Orge, dans l’Oise, pour trois mois. En avril 1942, son père obtient une prorogation jusqu’en 3 août 1942. Henia, Khaya et Sheyndele sont prises dans la rafle du 16 juillet 1942, enfermées au Vel d’Hiv’, puis envoyées à Pithiviers. Henia est déportée par le convoi n°14 fin juillet-début août 1942, Khaya et Sheyndele par le convoi n° 24, fin août 1942, vers Auschwitz. Josef Michower, qui a échappé à la rafle, est enfermé quelques mois plus tard, en septembre 1942, dans le camp de Gurs. Il est déporté en mars 1943, par le convoi 50, vers Majdanek.
Maurice passe la guerre au préventorium. En août 1944, à la Libération, il rejoint des amis de ses parents, avant d’être contacté par l’OSE, en juin 1945. Il devient un enfant de l’OSE, passe son bac en 1946, puis une licence scientifique.
En 1953, à 25 ans, il est fondé de pouvoir dans une importante société de négoce internationale de matières premières, devient directeur responsable international, puis président, de Safic Alcan and Co.
En décembre 1952, il se marie avec Erna Goldstein, elle-même enfant de déportée. Toute la famille OSE assiste au mariage. Le couple a un fils, Henri, et deux petits-enfants, Antoine et Edouard.
À la retraite, Maurice revient sur son passé et fonde, en 1993, avec d’autres enfants de l’OSE, l’Amicale des Anciens et Sympathisants de l’OSE, qu’il préside depuis 2005. Bien plus que la simple réunion de personnes qui se sont côtoyées un temps dans le cadre d’une activité professionnelle, de loisirs ou d’un statut social particulier, la fondation de l’Amicale des Anciens constitue véritablement la formalisation de liens de famille créés entre les enfants de l’OSE depuis la guerre et qui ne se sont jamais défaits, même plusieurs décennies – une vie – plus tard. En tant que président de l’association, Maurice Michower en est à la fois l’artisan et le chef d’orchestre, dirigeant et représentant l’association, animant les réunions hebdomadaires qui proposent un programme de rencontres riche et varié. Maurice connaît et se souvient des noms et des histoires de tous les anciens des maisons de l’OSE d’après-guerre, mille anecdotes douces amères de leur passé commun d’enfants de l’OSE, c’est lui qui parvient à retrouver bon nombre d’anciens perdus de vue, que certains parfois ont vainement cherché à contacter toute leur vie, lui encore vers lequel tous se tournent lorsque l’un ou l’autre a besoin d’aide ou de soutien.
Les vingt années qui se sont écoulées depuis la fondation de l’Amicale sont pour tous ces éternels « enfants » le retour à une famille, la seule qui leur reste depuis que la guerre leur a enlevé parents, frères, sœurs et proches. Sans l’engagement de Maurice Michower, les retrouvailles de cette famille recomposée n’auraient pu voir le jour, ni persister aussi longuement dans le temps.
Outre son engagement auprès de l’Amicale, Maurice Michower intervenait également, depuis de nombreuses années, auprès des élèves des écoles, collèges et lycées de la région parisienne, pour parler de son parcours et de ce que sont véritablement ceux que l’on appelle les « enfants cachés », longtemps silencieux et en retrait face au traumatisme de la guerre et au sort de leurs familles disparues, mais dont l’histoire, aujourd’hui, est désormais de plus en plus connue et documentée à travers le monde, grâce à l’intervention de témoins comme Maurice et au travail des historiens.


