Créé en 2025, la direction du Pôle Senior a été confiée à Paul Benadhira dans l’objectif de répondre aux besoins croissants liés au vieillissement de la population notamment dans la communauté juive.
Une tribune de Paul Benadhira, directeur du pôle Senior de l’OSE
Personne ne se prépare à devenir aidant. La situation s’installe de façon insidieuse – un proche qui a de plus en plus besoin d’aide – ou brutalement, à la suite d’un accident, d’un diagnostic, d’une hospitalisation. Ce rôle s’impose sans mode d’emploi : on y répond par nécessité, par amour, par devoir, souvent les trois à la fois.
Être aidant, c’est accompagner les démarches administratives, assurer les tâches domestiques, prodiguer des soins, écouter, rassurer, contenir l’angoisse de l’autre – et parfois la sienne. C’est un métier que l’on exerce sans l’avoir choisi, sans formation, sans rémunération et, souvent, sans même avoir de mot pour le nommer.
Beaucoup d’aidants ne se reconnaissent pas sous ce terme. Ils se voient simplement comme un fils, une mère ou une épouse qui « fait ce qu’il faut ». Ce rôle essentiel reste peu reconnu par l’entourage, les employeurs, parfois même les professionnels de santé.
Il grignote, sans bruit, les autres dimensions de la vie. Concilier un emploi et un accompagnement quotidien relève du casse-tête : absences, aménagements difficiles, réduction du temps de travail, voire abandon d’un emploi. Le temps consacré à l’aidé se prend aussi sur les amitiés, les loisirs et la vie de couple.
Je cite souvent une anecdote qui m’a frappé. Je recevais un couple âgé pour préparer l’entrée de l’un d’eux dans une de nos structures. Un échange s’installe. L’une des personnes se montre vive et volubile ; l’autre semblait fatiguée et peu loquace. À la fin de l’entretien, je me suis rendu compte que j’avais confondu l’aidante avec la personne malade… L’épouse-aidante était épuisée, alors que son proche, atteint de la maladie d’Alzheimer, n’avait pas complètement conscience des difficultés du quotidien.
Cette expérience a marqué toute mon approche de la question des aidants. Au-delà de la fatigue physique, l’identité même de l’aidant se trouve bousculée. À force de se définir par et pour l’autre, beaucoup perdent le contact avec leurs propres besoins, leurs envies, leur place. Le sentiment de devoir être « toujours là », « toujours fort » alimente une charge mentale continue et une culpabilité dès que l’on s’accorde du répit.
Un aidant veut bien faire : il organise des aides à domicile et des rendez-vous médicaux. Mais son proche peut s’y opposer ou accepter difficilement l’entrée d’un professionnel dans l’intimité de son domicile. Cela nécessite du temps et des professionnels formés et attentifs, capables de créer du lien.
Nous privilégions l’accompagnement par des professionnels pour les gestes du quotidien afin de garder des moments agréables avec nos proches. Reconnaître ce rôle, le nommer et accompagner ceux qui l’exercent est un enjeu de société. À l’OSE, plusieurs plateformes de répit et accueils de jour apportent écoute, conseils et soutien. Car derrière chaque aidant se joue aussi la préservation de sa santé, de son équilibre et de sa place dans le monde.
Nous portons à l’OSE la conviction qu’il n’existe pas de réponse toute faite. Chaque situation nécessite une écoute et une réponse individualisée. Nous sommes convaincus qu’en soutenant un aidant, en faisant corps autour de lui, nous pouvons participer, à notre mesure, à faire société et à réparer le monde.


