Ambassadeur de France en Israël d’août 2019 à juillet 2023, Éric Danon est aujourd’hui consultant international, membre de conseils d’administration et enseignant dans plusieurs universités françaises. Spécialiste reconnu des questions stratégiques et de sécurité internationale, il vient d’intégrer le Conseil d’administration de l’OSE. Pour Osmose, il revient sur la situation des Français d’Israël depuis le 7 octobre et sur les défis auxquels ils font face.
« L’OSE a un rôle à jouer,
notamment pour les enfants
revenus d’Israël qui
nécessitent une prise
en charge psychologique »
Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre le conseil d’administration de l’OSE ?
Mes racines familiales pèsent beaucoup dans mes engagements. À Alexandrie, mes grands-parents, issus de milieux très pauvres ma grand-mère paternelle savait à peine lire -, étaient convaincus que leurs enfants ne pourraient réussir que par les études. C’est grâce à leurs nombreux sacrifices et à leur ténacité que mon père et ma mère ont pu fréquenter les établissements payants de l’Alliance Israélite Universelle. Avant qu’avec tous les Juifs d’Egypte, ils ne soient chassés à l’arrivée de Nasser. C’est pourquoi résonne si fort en moi le sens même de la mission de l’OSE : donner ou redonner sa chance à chacun, en particulier aux jeunes.
Quels atouts spécifiques pensez-vous apporter à l’OSE en tant qu’ancien diplomate et expert des enjeux stratégiques ?
L’OSE dispose déjà d’un ancrage fort et reconnu en France. Peut-être pourrai-je, si le Conseil d’Administration le souhaite, favoriser de nouvelles coopérations avec l’Europe, Israël, les États-Unis ou certaines organisations internationales, pour renforcer son rôle de référence dans le domaine social et humanitaire. Ma carrière diplomatique m’a appris à construire des ponts, à nouer des partenariats et à inscrire chaque action dans une perspective stratégique. Si le besoin s’en fait sentir pour l’OSE, une plus grande ouverture à l’international pourrait sans doute lui permettre de développer de nouveaux échanges, voire des accords de coopération et de recherche, tout en restant fidèle à son âme.
Comment les Français d’Israël ont-ils traversé le traumatisme du 7 octobre, et dans quel état d’esprit se trouvent-ils aujourd’hui ?
Le 7 octobre, le Hamas a franchi une nouvelle étape dans l’horreur antisémite, provoquant trois traumatismes durables : d’abord, l’effondrement symbolique de la fonction protectrice d’Israël contre les agressions qui rappellent les pogroms ; ensuite, la vision insoutenable de la jouissance des terroristes à tuer autant de Juifs et de façon aussi atroce ; enfin l’angoisse liée à l’explosion d’un antisémitisme violent et décomplexé à travers le
monde. À cela s’ajoutent les divisions internes sur le retour des otages et la poursuite de la guerre. Le départ des jeunes pour l’armée pèse lourdement sur les familles. Beaucoup s’interrogent aussi sur l’isolement croissant d’Israël, ou craignent d’être pris à partie lors de voyages à l’étranger…
Rien d’étonnant à ce que beaucoup de Français d’Israël ressentent une grande souffrance malgré leur extraordinaire résilience. On assiste aussi à des retours en France, certes moins nombreux que l’aliyah. Ces retours se font le plus souvent dans de bonnes conditions, mais s’accompagnent parfois d’un sentiment d’échec ou de culpabilité. Dans ce contexte, l’OSE a un rôle à jouer, notamment pour les enfants revenus d’Israël qui nécessitent une prise en charge psychologique. L’OSE a ouvert une ligne téléphonique, mais cela ne suffit pas : les enfants n’appellent pas spontanément. Il faut les repérer, créer des lieux d’accueil et nouer des partenariats avec les écoles où ils sont inscrits pour offrir une écoute et libérer la parole.
Cette perte de repères touche-t-elle également la communauté juive de France ?
Oui car cette communauté est affectée par des évolutions politiques nationales qui l’inquiètent. D’abord, la dégradation inouïe, en quelques mois, de la relation franco-israélienne au plus haut niveau – un nouveau palier a été franchi avec la volonté présidentielle de reconnaitre sans condition l’Etat de Palestine. Ensuite, la récupération et l’instrumentalisation de la question palestinienne par l’extrême-gauche. Enfin, de façon plus générale, le sentiment que plus Israël mène la guerre actuelle pour assurer sa sécurité, plus la diaspora se trouve dangereusement exposée. Évidemment, ces évolutions s’inscrivent dans un contexte international lui-même anxiogène. Ne serait-ce que parce qu’aux yeux de plus en plus de populations de par le monde, le mal absolu n’est plus la Shoah, mais le colonialisme. Ce qui entraîne, par le biais d’amalgames biaisés, de nombreuses attaques contre la légitimité d’Israël et contre les communautés juives dans leur ensemble. Tandis que l’antisémitisme flambe dans le monde, le drapeau palestinien devient l’emblème d’un combat « décolonial » contre l’Occident. Je dirais pour conclure que, dans ce climat difficile, le rôle de l’OSE est aussi d’incarner un horizon positif : accompagner, soutenir, mais aussi donner confiance en l’avenir. Par son action concrète auprès des jeunes comme des anciens, l’OSE participe pleinement à cette « réparation du monde » qui nous est chère et qui honore la communauté juive en ces temps si difficiles.


