Pendant des décennies, les travaux historiques de l’OSE se sont concentrés sur l’une des pages les plus marquantes de son histoire : le sauvetage des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, l’association ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Sous l’impulsion de l’historienne Cécile Guigui, spécialiste de l’histoire des Juifs d’Algérie, l’OSE lance un projet de recherche consacré à l’accueil et à la prise en charge des Juifs d’Afrique du Nord et d’Égypte en France entre 1945 et 1980. Un segment de son histoire encore largement méconnu, dont les archives conservent les traces mais dont les voix restent à entendre.

En 1955, dans son rapport d’activité, Georges Garel, figure majeure de la Résistance et président de l’OSE, identifie déjà ce qui constitue alors un nouveau défi pour l’association : « L’OSE affronte aujourd’hui un autre problème, celui de l’immigration nord-africaine. »
La phrase est brève et abrupte, mais elle annonce un tournant. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale puis, plus massivement encore, dans le contexte de création de nouveaux Etats indépendants où les Juifs ne se sentent plus à leur place, des milliers choisissent la France. Ils doivent reconstruire leur vie dans un pays qu’ils connaissent parfois peu, confrontés à des difficultés matérielles, sociales et familiales. Ils bénéficient toutefois des aides des associations juives qui, comme l’a montré l’historien Martin Messika, se mobilisent, tout en négociant leurs actions avec les politiques publiques.
Face à cette nouvelle réalité, l’action de l’OSE évolue : aux missions de protection de l’enfance s’ajoutent de nouvelles formes d’accompagnement destinées aux familles. Déclassement social, perte de repères, difficultés d’accès au logement ou à l’emploi : dans ce contexte souvent fragile, de nombreux parents confient temporairement leurs enfants à l’OSE afin de leur offrir un cadre plus stable et protecteur.
Cette période marque également une transformation profonde du travail social. Les modes d’accompagnement se professionnalisent, les services sociaux se structurent, et l’association adapte progressivement ses pratiques à ces nouveaux besoins.
Derrière les dossiers, des vies

L’OSE conserve aujourd’hui un fonds d’archives exceptionnel consacré à cette histoire, comprenant plus de 750 dossiers d’enfants accueillis entre 1945 et 1980.
Les archives rendent compte de dates, de démarches, de décisions et permettent de retracer les pratiques professionnelles des assistantes sociales. En revanche, leurs constructions ne traduisent pas les expériences, les émotions et le vécu des enfants. ils ne dévoilent pas ce que sont devenus ces enfants, comment ils ont vécu leurs placements, ce qu’ils ont gardé de leurs passage à l’OSE, ni la manière dont cette expérience a façonné leur parcours.
C’est précisément ces problématiques que souhaite explorer le projet porté par Cécile Guigui. Car écrire cette histoire, c’est aussi faire entendre la voix de celles et ceux qui l’ont vécue.
Construire une mémoire vivante
Au cœur de ce projet se trouve un vaste appel à témoignages. L’objectif : recueillir les récits de vie des personnes arrivées en France depuis l’Afrique du Nord ou l’Égypte et accompagnées par l’OSE entre 1945 et le début des années 1980.
Ces témoignages seront enregistrés sous forme d’entretiens filmés et viendront constituer une bibliothèque d’archives visuelles. À l’image des grandes collections de témoignages développées dans le domaine de l’histoire de la Shoah, ce fonds permettra de préserver une mémoire précieuse et fragile, aujourd’hui encore peu documentée.
Au-delà de la recherche historique, l’ambition est aussi de transmettre. Transmettre l’expérience du déracinement, les trajectoires de reconstruction, les solidarités qui se sont mises en place et le rôle joué par l’OSE auprès de ces familles.
Car raconter cette histoire, c’est enrichir la compréhension de l’action de l’association. C’est aussi redonner une place à celles et ceux dont les parcours ont longtemps été absents du récit collectif.
Appel à témoignages

Vous êtes arrivé en France depuis l’Afrique du Nord ou l’Égypte entre 1945 et le début des années 1980 ?
Vous avez été accueilli, accompagné ou pris en charge par l’OSE durant cette période, ou bien vous connaissez un proche concerné par cette histoire ?
Votre témoignage peut contribuer à faire émerger une mémoire encore trop peu connue et à transmettre cette histoire aux générations futures.
Pour toute information complémentaire ou pour contribuer à cette recherche :
Contactez :
Cécile Guigui
Historienne – OSE
Tél. : 01 53 38 20 07
E-mail : c.guigui@ose-france.org

OU
complétez le formulaire afin d’être recontacté(e) par l’équipe de recherche.


