Ministre des Solidarités et de la Santé de 2017 à 2020, aujourd’hui conseillère maître à la Cour des comptes, l’hématologue Agnès Buzyn prend la tête du Conseil scientifique de l’OSE. Une manière de prolonger l’engagement de son père, Élie Buzyn, survivant d’Auschwitz et des marches de la mort, l’un des 426 enfants de Buchenwald accueillis par l’OSE à la Libération, et qui s’est engagé pendant plus de trente ans au sein de notre institution. Mais aussi une occasion rare de doter une structure médico-sociale d’une véritable réflexion scientifique.
Pour ceux et celles qui ne le connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous parler de votre père Elie Buzyn et de son lien à l’OSE ?
Mon père est né à Lódz, en Pologne, en 1929. Trois mois après l’occupation allemande, sa famille est contrainte de vivre dans le ghetto. Il y travaille avec ses parents jusqu’à la liquidation en août 1944. Déporté à Auschwitz-Birkenau, il est sélectionné avec sa sœur pour le travail, tandis que leurs parents sont assassinés à l’arrivée. Il survit aux marches de la mort de janvier 1945 vers Buchenwald. À la Libération, il fait partie des 426 enfants de Buchenwald pris en charge par l’OSE, avant de retrouver son oncle, Léon Pérel, chirurgien à l’hôpital Rothschild. Alors que mon père a été recueilli par l’OSE après la guerre, c’est devenu sa famille de substitution, à laquelle il a été d’une fidélité absolue jusqu’à son décès. Il était lui-même chirurgien et il a eu une carrière médicale. C’est ensuite qu’il s’est pleinement impliqué dans l’OSE. Cet engagement au sein de l’OSE et plus généralement en faveur de la mémoire de la Shoah a été le fil conducteur de ses dernières décennies. Il n’a jamais raté une commémoration, un événement, un conseil d’administration, il était très présent, et cette fidélité était pour lui le sens même de sa vie.
Que représente pour vous la présidence du Conseil scientifique ?
Lorsqu’on m’a proposé d’intégrer le conseil d’administration pour prendre en charge le conseil scientifique, cela m’a paru totalement naturel. J’avais déjà commencé à m’impliquer avant ma nomination comme ministre. Ma carrière avait “percuté” cette envie. Aujourd’hui, m’impliquer dans l’OSE, c’est une évidence pour deux raisons : d’abord, parce que cela fait sens familialement comme une sorte de fidélité ; ensuite, parce que l’activité de l’OSE recoupe celle que j’ai exercée au ministère, notamment sur le secteur médico-social. C’est une manière de prolonger à la fois l’engagement de mon père et mon propre travail institutionnel.
Quelle est, selon vous, l’utilité d’un conseil scientifique à l’OSE ?
Il est rare qu’une structure médico-sociale dispose d’un conseil scientifique. Cela mérite d’être souligné. C’est même très rare dans les structures privées. J’ai présidé plusieurs conseils scientifiques, mais dans des institutions publiques. Pour moi, il est important d’apporter une exigence de rigueur scientifique dans la manière de raisonner, de prendre des décisions, de mener des projets. Que l’OSE fasse vivre une telle instance, totalement dédiée à l’humain, est remarquable.
Avec qui travaillez-vous et comment ?
Le conseil est composé de personnes aux parcours universitaires variés : médecins, sociologues, philosophes, économistes, juristes. Toutes sont reconnues par leurs pairs. Nous avons voulu rassembler des personnalités d’horizons différents, issues du monde académique. Notre première réunion aura lieu cet automne. Nous nous réunirons deux fois par an. Historiquement, il y a toujours eu un conseil scientifique à l’OSE, mais il avait un peu perdu de sa dynamique après la période du Covid. À la rentrée, nous repartons collectivement, pour accompagner la direction dans ses choix stratégiques. L’OSE est aussi un lieu où l’on teste des choses, où l’on cherche à être le plus efficace, le plus humain, le plus éthique possible. C’est ce qui est merveilleux dans cette association.
Quels sont les premiers sujets que vous allez traiter ?
Nous allons évoquer l’accompagnement des personnes âgées, le handicap, l’aide sociale à l’enfance, la laïcité, l’histoire et la mémoire. Ce sont les grands thèmes que nous voulons travailler avec la direction. Il y a aussi de nombreux sujets où des expérimentations sont possibles, notamment autour de la nouvelle maison pour enfants victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales. Des centres de ressources existent déjà en France pour accompagner les enfants et les familles. Il s’agira de voir comment appliquer certaines recommandations au sein d’une maison d’enfants, et comment former les accompagnants. Cela peut aussi être l’occasion de faire appel à des chercheurs en sciences humaines pour des projets de recherche-action.
Quel rôle pour les familles et les aidants ?
La question des aidants est essentielle. Le conseil scientifique l’abordera. C’est une préoccupation pour les proches de personnes âgées ou handicapées. Les aidants travaillent plus longtemps, vivent plus vieux, s’occupent à la fois d’enfants et d’aînés : il faut réfléchir à des solutions concrètes. De manière générale, notre mission est d’accompagner la direction vers une éthique du soin – du « care ». Cela signifie ne pas se contenter des intuitions et passer par une exigence de rationalité, par des décisions fondées sur des preuves. Le fait que l’OSE se dote d’un conseil scientifique est pleinement inscrit dans cette dynamique.


