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(
Vilnius, Lituanie, 1909 - Paris, 1979 )
Ingénieur français d origine lituanienne,
créateur et organisateur du « circuit Garel
», réseau de sauvetage des enfants de l
O.S.E. qui porte son nom ; directeur général,
puis président de l O.S.E.-France.
Gregori Garfinkel, qui devait changer son nom pendant
l occupation, naquit le 1er mars 1909 à
Vilna - alors chef -lieu de la Lituanie, sous domination
russe depuis le XVIII° siècle - , de Moïse
Garfinkel, ingénieur, et de Raïssa Birnbaum.
Ses parents quittèrent Vilna en 1912 pour s
installer à Kiev ( Ukraine ) où il fit
ses études primaires ; ils partirent ensuite
en 1924 pour Berlin où le jeune homme poursuivit
de brillantes études secondaires, avant d
émigrer en 1926 à Paris, où il
obtint deux baccalauréats, l un littéraire,
l autre scientifique, puis deux certificats de
mathématiques à la Faculté des
Sciences. Il réussit ensuite le concours de l
Ecole Polytechnique de Zurich, dont il reçut
en 1932 le diplôme d ingénieur électricien,
dans la même promotion que Claude Bourdet ( 1909
- 1996 ), fils de l auteur dramatique Edouard
Bourdet, administrateur de la Comédie Française.
Après avoir obtenu la nationalité française
en 1934, il suivit, également avec Claude Bourdet,
la Préparation Militaire Supérieure, dont
ils sortirent tous deux officiers de réserve.
Le destin des deux amis se sépara ensuite : ils
ne devaient se retrouver qu en 1941, au sein de
la Résistance. Georges Garel effectua son service
militaire au 93° Régiment d artillerie
de montagne, caserné à Poitiers, puis
entra comme ingénieur à la Compagnie Electro-Mécanique
( C.E.M. ), tandis que Claude Bourdet, sorti lieutenant
d infanterie, devenait chargé de mission
au ministère de l Economie nationale, puis
directeur d usine , avant d être mobilisé
dans le Jura et sur le front de l Aisne.
Le 30 août 1939, Georges Garel fut mobilisé
comme lieutenant d artillerie à l
Etat-Major du colonel Vallet, qui dirigeait le secteur
fortifié de la frontière italienne du
Dauphiné ; démobilisé en 1940,
il poursuivit son activité d ingénieur
à la C.E.M. de Lyon et reprit contact avec Claude
Bourdet, alors chef du secteur de Nice du réseau
« F 2 - Vérités », qui s
installa en 1942 à Lyon, afin de diriger avec
Henri Fresnay, le journal clandestin du nouveau mouvement
qu ils dénommèrent « Combat
».
Bien que Georges Garel ne semble pas avoir été
membre du mouvement, il lui prêta un concours
très actif, comme en témoigna Claude Bourdet,
qui fut arrêté et déporté
en mars-avril 1944, après son retour des camps
: il obtint pour de nombreux résistants des faux
papiers d identité ou des cartes d
alimentation ; il accepta aussi de prêter son
appartement pour l accueil de personnes recherchées
et la tenue des réunions du mouvement. Son adresse
servit également de boîte aux lettres à
plusieurs réseaux de Résistance. D
autres témoignages lui donnent également
un rôle important comme responsable de l
armement des premiers maquis de la zone sud, qu
il céda ensuite pour se consacrer entièrement
au sauvetage des enfants juifs.
Georges Garel connaissait l O.S.E. par le jeune
avocat Charles Lederman, qui avait été
délégué, puis interné volontaire
de cette association dans le camp de Rivesaltes, en
1941, mais son engagement effectif date du 23 août
1942, lorsqu il fut amené à participer,
avec l O.S.E., les Eclaireurs Israélites
de France, les « Amitiés Chrétiennes
» et plusieurs autres organisations humanitaires,
à la commission de « criblage » des
1 200 juifs de la région lyonnaise arrêtés
lors des rafles de l été 1942 et
internées au camp de Vénissieux.
Utilisant avec ruse et obstination les circulaires de
Vichy concernant les multiples cas d« exemptions
», la commission, composée, entre autres,
de l Abbé Glasberg, Charles Lederman, Gilbert
Lesage, Georges Garel et du Dr Joseph Weill
( voir sa notice ), parvint à sauver momentanément
160 adultes, dont 80 furent à nouveau interpellés
le lendemain, puis 108 enfants. Cet évènement
tragique est désormais connu sous le nom de «
Nuit de Vénissieux ». Après une
seconde nuit , qui fut, de son propre témoignage,
« pleine de brutalité et d angoisse
», l O.S.E. , les « Amitiés
Chrétiennes » et « l Action
catholique » de Germaine Ribière refusèrent
de rendre les enfants malgré les ordres donnés
par Vichy au préfet régional Angéli
de « ne pas séparer les familles ».
Ils furent dispersés avec de faux papiers dans
des institutions catholiques, sous la surveillance de
l O.S.E.
Vers la même date, l O.S.E. apprit de source
sûre le sort horrible réservé aux
déportés, prétendument envoyés
à l Est dans des camps de travail ; le
Dr Joseph Weill décida de sauver en priorité
les enfants. Des pourparlers étaient en cours
pour une centaine d entre eux, en vue de les envoyer
aux Etats-Unis et dans certains pays d Amérique
latine ; plusieurs milliers de visas avaient été
secrètement accordés par Roosevelt . Le
débarquement américain en Afrique du nord
et l invasion de la zone sud par les troupes allemandes
mirent fin à cette illusion, à laquelle
Vichy et les Allemands s étaient d
ailleurs opposés pendant de longs mois. L
O.S.E. était devenue depuis 1942 l une
des directions de l U.G.I.F., mais, en parallèle
à sa mission officielle de gestion duvres
sociales, elle décida la création d
un double réseau destiné à sauver
les enfants de la déportation.
Le
premier réseau, appelé circuit B, dirigé
par Andrée Salomon
avait pour but de disperser les enfants hors des maisons
d enfants, de leur donner une nouvelle identité
et de les convoyer vers des cachettes sûres par
des itinéraires souvent dangereux, processus
que l on connaît par les rapports du Dr
Joseph Weill adressés à Saly Mayer, représentant
de l « American Joint Distribution Committee
», à Zurich.
Le second réseau, dit circuit A, composé
en partie de personnes non-juives, devait maintenir
les contacts nécessaires avec les enfants cachés,
afin d assurer leur entretien matériel,
leur sécurité et leur réconfort
moral.
En décembre 1942, Lazare
Gurvic, directeur de l O.S.E., menacé
d arrestation, dut se réfugier en Suisse
avec sa femme ; Joseph Weill demanda à Georges
Garel, de constituer le réseau clandestin permettant
camoufler les enfants sous de fausses identités
et de les cacher en les dispersant au sein de la population,
dans des institutions chrétiennes ou laïques,
tout en gardant le contact avec eux, afin de pouvoir
rassurer leurs familles, puis les retrouver après
la Libération. Les enfants les plus reconnaissables
par leur taille, leur accent étranger, leur attachement
aux lois alimentaires ou leur nervosité devaient
être confiés à d autres organisations
de Résistance, afin de leur faire passer la frontière
suisse ou éventuellement les Pyrénées
.
Charles Ledermann et le Père de Lubac, un jésuite,
avaient été reçus peu de temps
auparavant par Mgr Saliège, archevêque
de Toulouse, et lui avaient remis un mémoire
sur les horreurs des camps d internement français,
sur les arrestations massives et sur les déportations
; ils étaient ainsi à l origine
de la fameuse lettre pastorale de protestation de ce
prélat, lue en chaire le 23 août.
Grâce
à leur recommandation, Georges Garel fut reçu
en décembre 1942 par Mgr Saliège et son
coadjuteur, Mgr de Courrèges, mais sans leur
signaler qu il était lui-même juif
et membre de l O.S.E. Il reçut des mains
de Mgr Saliège une lettre d introduction
qui lui permit d entrer en contact avec plusieurs
organisations charitables catholiques, dont la principale
fut l « uvre diocésaine de
Sainte-Germaine », dirigée par Mlle Thèbes
qui lui fournit des adresses et des noms de responsables
de toute confiance. Il trouva aussi un appui décisif
auprès de « l Aide aux mères
de Saint-Etienne, dirigée par Juliette Vidal
et Marinette Guy. : près de 300 enfants purent
ainsi être rapidement cachés, mais il fallait
garder le contact avec eux, pourvoir à leur entretien
et développer le réseau dans la zone sud
: ce fut la tâche de « circuit Garel »,
qui se développa de janvier 1943 jusquà
l automne 1944, sous l autorité centrale
de Georges Garel ( dit Jean-Claude Gasquet ), à
Lyon.
Afin
de sy consacrer entièrement, il quitta
le 20 février 1943 son poste
d ingénieur à la C.E.M. pour devenir
collaborateur clandestin de l O.S.E., sous la
« couverture » d un représentant
en porcelaine d une fabrique de Dieulefit ( Drôme
), puis le principal dirigeant de l O.S.E. après
le départ du Dr Weill et de sa famille pour Valence,
puis Genève, en avril 1943.
Michel Garel a reconstitué l organigramme
du « réseau Garel », tel qu
il fut définitivement organisé durant
l été 1943 et en a décrit
les conditions de sa remarquable efficacité.
Sa structure comprenait un double échelon, départemental
et régional :
1.
La région centre-est, dirigée à
Lyon par Victor Svarc ( dit Souvart ),
couvrait les départements du Rhône, de
l Ain, de la Loire, de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme,
du Cantal et de l Allier ; elle comprenait 350
enfants.
2. La région sud-est, dirigée à
Valence par Robert Epstein ( dit Evrard ) et Fanny Loiger
( dite Laugier ), couvrait la Drôme, l Ardèche,
l Isère, la Haute-Savoie, les Basses-Alpes
et les Hautes-Alpes, avec 400 enfants.
3. La région centre, d abord dirigée
à Limoges par Edith Scheftel ( dite Jacqueline
Estager ), puis par Pauline Godefroy, dont le destin
tragique mérite une étude particulière,
fut déplacé à Châteauroux
sous la direction de Simone Weil ( dite Werlin ) ; elle
couvrait la Haute-Vienne, la Creuse, la Corrèze,
la Dordogne, l Indre, auxquels s ajoutèrent
ensuite la Vienne et le Cher, avec 450 enfants.
4. La région sud-ouest, dirigée de Toulouse
par Solange Zitlenok ( dite Rémy, ou Araignée
), couvrait la Haute-Garonne, les Hautes- et Basses
-Pyrénées, le Tarn, le Tarn-et-Garonne,
le Lot, le Lot-et-Garonne, le Gers, l Hérault,
l Aveyron et la Lozère, avec 400 enfants.
Le directeur régional fournissait les faux papiers
par l intermédiaire des E.I.F. et du Mouvement
de la Jeunesse Sioniste, et répartissait les
enfants entre des assistantes sociales, chargées
d un secteur ayant la responsabilité de
30 à 70 enfants, selon les départements.
Plus d une douzaine d organisations catholiques,
protestants, laïques, officielles ou privées,
prêtèrent leur assistance à ce réseau,
qui couvrait ainsi trente départements en 4 régions
pouvant subsister en autarcie financière pendant
trois mois. Un système formé de registres
codés, de dossiers individuels et de trois listes
déposées à des endroits différents
permettait de retrouver toutes les informations concernant
les doubles noms des enfants, les parents et les institutions
d accueil ; il fonctionna malgré tous les
aléas, puisque le « réseau Garel
» permit de sauver près de1 500 enfants
de l arrestation. Il n y eut que quatre
déportations à déplorer, mais le
bilan concernant les membres, en partie non-juifs, fut
malheureusement plus lourd, puisque, sur une centaine
de membres, le réseau eut à déplorer
l assassinat ou la mort en déportation
de près de trente personnes ; quatre seulement
de ses membres revinrent de déportation.
Le réseau fut aussi le point de contact obligé
avec les autres organisations de résistance plus
spécialisées dans les convois vers la
Suisse et, en 1944, vers l Espagne, ainsi qu
avec les autres filières de camouflage de l
O.S.E. et des organisations juives de Résistance.
Le choix des enfants les plus menacés et leur
répartition relevait de la responsabilité
directe de l O.S.E., qui en chargea Germaine Masour
et Robert Job.
Georges Garel, avait épousé en 1943 à
Lyon Lily Tager ( dite Elisabeth-Jeanne Tissier ) qui
fut arrêtée avec sa belle-sur Raya
le 26 novembre 1943 chez M. Pelet, directeur d
une école pour enfants déficients et résistant
chargé des liaisons radio avec Londres ; internées
au fort de Montluc , elles furent heureusement libérées
le 31 décembre .
Charles Lederman, qui épousa après la
Libération la sur de Georges Garel, devint
conseiller de Paris puis sénateur ; Claude Bourdet
devint député, haut-fonctionnaire, puis
journaliste, entamant tous deux de brillantes carrières
parisiennes,. Mais Georges Garel ne fut pas tenté
par la politique. Nommé directeur-général
de l O.S.E.- FRANCE en 1944, il conserva jusqu
au 31 décembre 1947 ses fonctions, au cours desquelles
il eut la lourde tâche d assurer le retour
des enfants, souvent orphelins, la réouverture
des maisons d enfants et des centres médico-sociaux
ainsi qu un important travail social ( voir «
Histoire de l OSE après la guerre »
).
Il reprit ensuite son poste d ingénieur
à la Compagnie Electro-Mécanique,
d abord à l usine de Metz comme directeur
du service des Constructions électriques ( 1948
- 1951 ), puis à celle de Paris, comme adjoint
au directeur des Services techniques, jusqu en
1974, tout en restant membre du Conseil d administration
de l O.S.E., dont il devint le président
de 1951 à 1978.
On
lui doit la publication de plusieurs brochures sur l
action de l O.S.E. pendant la guerre, des traductions
de l anglais, de l allemand et du russe, ainsi
que de nombreux articles dans la « Revue Générale
d Electricité ». Il décéda
le 9 janvier 1979 à Paris d un infarctus.
Georges et Lily Garel ont eu sept enfants : Jean-Renaud,
polytechnicien et biochimiste ; Anne, médecin
; Michel, conservateur des manuscrits hébraïques
à la Bibliothèque Nationale de France
; Laurent, médecin, Thomas, normalien et physicien
; Denis, médecin ; et Nathalie, publiciste.
Le succès de l action de Georges Garel
pendant la guerre, ensuite comme directeur-général
de l O.S.E., puis plus tard comme président,
est sans nul doute dû à sa personnalité
exceptionnelle. Distingué et courtois, doté
d un sens certain de l humour qui n
excluait pas une rigueur intellectuelle due à
sa formation scientifique, c était aussi
un homme de grande culture, parlant parfaitement plusieurs
langues. Son autorité naturelle, alliée
à un sang-froid peu commun, lui permit de mettre
à profit de son expérience professionnelle
pour accomplir un exploit sans précédent
qui exigeait aussi une résistance physique à
toute épreuve, car ses déplacements se
firent souvent à pied ou à bicyclette.
Selon un témoignage, il aurait même été
pris pour un officier allemand dans un hôtel de
Limoges occupé par des militaires de la Wehrmacht,
à qui il expliquait les moyens de lutter contre
un incendie qui s était déclaré
dans l immeuble !
Sil inspirait la confiance, il savait également
la susciter chez tous ses collaborateurs, lesquels lui
témoignèrent par la suite un dévouement
jamais démenti par les faits. Il resta toujours
fidèle à ceux qui avaient travaillé
avec lui, ainsi qu à la mémoire
de ceux qui avaient disparu dans la tourmente. Tous
les ouvrages sérieux traitant de l histoire
de la résistance juive en France mentionnent
le rôle capital de Georges Garel dans le sauvetage
des enfants.
Sources :
Michel Garel, Georges Garel , l organisateur
du circuit clandestin de l O.S.E., dans Bulletin
des Enfants cachés, n° 13, décembre
1995, p. 2-3.
« Le travail clandestin de l O.S.E. »,
témoignage de G. Garel devant le Centre de documentation
sur la persécution nazie, Nice, 1946
( Copie C.D.J.C., CC XVIII - 104, 9 p.)
Témoignage de Claude Bourdet sur le rôle
de Georges Garel pendant
l Occupation ( 1960 ).
« Mes vingt ans à l O.S.E. »,
par Germaine Masour-Ratner, 1982 ( inédit ).
Dossier personnel OSE.
Renseignements familiaux, aimablement fournis par Lily
et Michel Garel.
Georges Weill - Conservateur général
honoraire du patrimoine .
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