Ecoute Mémoire et Histoire : sur les traces des écrivains

Une vingtaine de « trotteurs » du service Ecoute Mémoire et Histoire ont parcouru ce 26 juillet les rues du 5ème arrondissement, de Mouffetard à Maubert-Mutualité.

Glissant dans les couloirs du temps et de l’histoire, ils ont rencontré Hemingway, Joyce, Orwell, Celan, Levinas, Woody Allen, Villon et bien d’autres personnages. Ce quartier a évoqué pour nombreux d’entre eux des pages de leur propre histoire et des souvenirs d’enfance. Ainsi, l’appartement où l’un avait vécu, le trottoir devant l’hôtel d’une arrière-grand-mère, où se déroulaient des parties de jeu à la marelle.

Ces promenades dans le vieux Paris suscitent toujours beaucoup d’émotions qui se traduisent par des échanges de parole passionnants entre les personnes.

A Ecoute Mémoire et Histoire… de tels échanges, on apprécie infiniment.

Georges Loinger, résistant et sauveur d’enfants, nominé pour une nouvelle distinction

(Jacques Demarthon/AFP)

Georges Loinger est né dans la capitale alsacienne, il y a bientôt 107 ans. Il est toujours plein d’énergie et de détermination pour réaliser de nouveaux projets.
 
Au cours de sa carrière, cet ancien résistant a déjà reçu de nombreuses distinctions : commandeur de la Légion d’Honneur à titre militaire, Médaille de la Résistance, Croix de guerre avec palmes et Médaille d’Or du ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports.
 
Il est également l’auteur du livre « L’odyssée d’un Résistant », dans lequel il relate sa vie trépidante, marquée par les tourments du XXe siècle. En 1930, après ses études d’ingénieur et alors qu’il effectue son service militaire à Strasbourg, l’armée le remarque pour ses aptitudes sportives ; ce qui sera déterminant pour la suite. Il est formé au commandement au sein de l’Ecole militaire de Joinville. Il devient instructeur sportif du régiment, puis professeur d’éducation physique au lycée juif Maïmonide, à Boulogne-Billancourt.
 
C’est lors de la 2ème guerre mondiale qu’il s’engage auprès de l’OSE : A la fin de l’année 1942, des responsables de l’OSE lui confient le soin d’organiser une filière passage en Suisse, afin de sauver les enfants les plus menacés. Ce dernier assurera ainsi avec succès le passage de plusieurs centaines d’enfants juifs en Suisse. Il est alors également membre du réseau Bourgogne, un réseau de renseignements de la Résistance intérieure.
 

Il a très récemment reçu par courrier sa nomination de Commandeur dans l’ordre des Palmes Académiques et a souhaité immédiatement partager sa fierté avec tous les membres du Conseil d’administration de l’OSE. Nous ne manquerons pas de célébrer cela avec lui cet automne, après lui avoir souhaité un très bel anniversaire pour ses 107 ans dès ce mois d’août. 

Georges Loinger est non seulement une figure de premier plan dans l’histoire de l’OSE, mais au-delà, c’est un exemple pour notre pays.

 

Derniers jours pour les inscriptions à la colo de l’OSE !

Vous avez jusqu’au 30 juillet pour inscrire vos enfants à la colo de l’OSE  aux Gets, près de Morzine, en partenariat avec Kadima.

Ambiance festive, dynamique et cacher.  Inscriptions au 06 44 67 60 61.

Entre le Lac Léman et le Mont Blanc, le site est idéal pour goûter aux sports aquatiques et aux activités de la montagne en été. Et ces moments de bonheur sont  accessible à tous !  Le montant du séjour est, en effet, établi en fonction du revenu des parents. Aides et facilités de paiement sont donc attribuées au cas par cas (en fonction du coefficient familial). Les « bons de vacances » CAF sont acceptés.

Description

Entre lac et montagne, les Gets est une station qui permet d’assouvir toutes ses envies !

Activités

V.T.T. • Aqua rando • Piscine • Équitation • Camping •
Rafting • Canyoning • Ski nautique • Escalade • Tennis •
Football • Ping-pong…
Grands jeux • Journées à thèmes • Excursions
Soirées jeux • Spectacles • Projections

Public
Enfants de 6 à 17 ans.

Renseignements et inscriptions :

OSE Vacances • 117, rue du Faubourg du Temple 75010 PARIS •

Contact : Aaron Sellem • Port: 06 44 67 60 61 Sellem • Email: colo@ose-france.org

 

 

La rafle du Vel D’hiv, 75 ans après

Jean-François Guthmann, Président de l’OSE,  de nombreux membres de l’Amicale des Anciens et Sympathisants  et du service Ecoute Mémoire et Histoire de l’OSE ont participé à l’émouvante cérémonie de la Journée nationale des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes de France » le 16 juillet 2017.

Une commémoration qui a marqué cette année les 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv et qui répond, depuis 1993,  au souhait de la communauté juive et de nombreuses personnalités françaises de voir reconnaître officiellement la responsabilité du régime de Vichy dans les persécutions et les crimes contre les Juifs.

Cette cérémonie a été marquée par les propos forts du Président de la République, Emmanuel Macron,  tant sur l’histoire que sur l’actualité de l’antisémitisme en France et par la présence exceptionnelle du premier ministre israélien,  Benyamin Netanyahou.

Lire ici le discours du Président de la République, M. Emmanuel Macron

Un an après la tragédie de Nice : l’action de l’OSE pour le soutien des victimes citée par l’Ambassade d’Israël en France

Article original de coolIsraël.fr par Joan Elbaz ici.

La vague d’attaques terroristes qui a ébranlé la France depuis 2012 a mené les dirigeants français à solliciter, de plus en plus, le savoir-faire israélien en matière de prévention, de soins d’urgence et de suivi post traumatique des victimes d’attentats.

Il y a presque un an jour pour jour, à l’occasion des célébrations de la fête nationale, la France et plus particulièrement la ville de Nice, fut touchée par un attentat, faisant 86 morts et 458 blessés.
Première attaque au camion-bélier d’une telle ampleur en France, ce sombre 14 juillet 2016 a bel et bien confirmé que les formes de terrorisme islamiste ne cesseraient d’évoluer, nécessitant en retour une adaptation continue des forces de l’ordre et des professionnels de santé pour faire face à la menace terroriste. Depuis la vague d’attentats ayant touché la France en janvier 2015, le gouvernement français a continuellement renforcé son degré de coopération avec Israël afin d’être mieux préparé dans la prévention d’attentats ainsi que dans la gestion des situations de crises.

Sous l’égide de l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE), la plus grande organisation médico-sociale juive, 80 cliniciens furent entraînés par Israel Trauma Coalition (ITC) à Paris, pour obtenir du savoir-faire israélien lié aux soins d’urgence. Après les attaques du 13 novembre à Paris, 15 d’entre eux furent envoyés sur le terrain afin d’apporter une assistance psycho-traumatique aux victimes qui affluaient dans les hôpitaux. Cette préparation par les professionnels de l’OSE a permis d’éviter une improvisation et de mettre en œuvre des méthodes d’intervention qui s’inscrivent dans un plan d’action bien précis, préparé sur le long terme, afin de mieux gérer les besoins post-traumatiques de ces victimes. Créé en 2001 pour prendre en charge les traumatismes psychologiques, l’Israël Trauma Coalition envoie ses délégations de professionnels dans plusieurs pays étrangers, dont la France. Déjà en 2012, après les attentats de Toulouse, l’ITC avait apporté son soutien dû à son expérience singulière en matière de gestion des traumatismes post-attentat. Cette aide s’est manifestée par des formations d’experts spécialisés dans ce domaine, afin d’élaborer les réponses régionales et nationales à mettre en œuvre en situation de crise.

En mars 2017, l’ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel se rendait en Israël accompagnée par Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS Attentats et chargée de créer en France un centre de résilience – déstiné aux soins post-attentats – sur le modèle israélien de ceux de l’ITC. Lors de sa visite, elle rencontra des médecins spécialisés dans les suivis post-traumatiques et insista sur la nécessité de créer plus de coopération entre l’Israël Trauma Coalition et les hôpitaux français.

Le savoir-faire israélien est aussi très sollicité pour faire face aux traumatismes, chez les enfants en particulier. Suite aux attentats de janvier 2015, l’Unité Psychotrauma et Résilience fut créée au sein du centre de santé de l’OSE. Elle est composée de psychologues et de psychiatres agissant à deux niveaux : en prévention et en situation de crise. Leur travail comprend la formation des enseignants dans les écoles pour qu’ils puissent faire face à des urgences, ainsi que la mobilisation d’une équipe dans les établissements scolaires proches des lieux d’attentats. Une technique israélienne psycholinguistique, appelée BASIC PH, est, depuis, largement utilisée auprès des enseignants et des élèves : elle permet de s’adapter aux moyens de communication des enfants

Grâce à cette coopération accrue dans le domaine des soins d’urgence et de suivi psychotraumatique, la France continue de s’inspirer de l’expertise de ses homologues israéliens. Le 24 avril dernier en présence de l’Ambassadeur d’Israël, Mme Aliza Bin-Noun, divers acteurs, français et israéliens, spécialisés dans la médecine d’urgence ainsi que des entreprises, des représentants des Ministères de la  santé, des hôpitaux et des centres d’appels d’urgence, se sont réunis lors d’un colloque intitulé « L’innovation en médecine d’urgence » afin d’échanger sur les moyens disponibles et les solutions à mettre en place pour faire face à cette vague d’attentats.

Lors de cette conférence, le Professeur François Braun, Président de SAMU France et chef des Urgences de Metz, a déclaré qu’à son retour d’Israël, « La qualité d’entraînement et le niveau de préparation des hôpitaux au quotidien comme en situation d’urgence » était ce qui l’avait le plus marqué. « Nous en sommes très loin en France » a-t-il ajouté. Arnon Afek, le Directeur médical adjoint du Ministère de la Santé en Israël explique que le sujet des secours d’urgences est au centre des discussions entre les acteurs israéliens et français, mais que « le système de soins local est dépassé par les nouveaux besoins auxquels il est brutalement confronté ». De par la situation d’urgence permanente dans laquelle le pays est plongé depuis son Indépendance, les Israéliens ont « été contraints d’acquérir ce savoir-faire par nécessité », d’après Afek. Matthieu Langlois, le Directeur médical du RAID, en charge des médecins d’interventions tactiques d’urgence, a affirmé que son équipe s’inspire « de ce que les Israéliens […] recommandent au vu de leurs nombreuses expériences : terrorisme, tuerie de masse, prises d’otage… ». Maintenant que la France est malheureusement confrontée aux mêmes défis, elle a tout intérêt à bénéficier des « connaissances médicales et technologiques » israéliennes et à continuer d’ouvrir « une voie de partenariat » avec Israël pour venir en aide aux victimes, a déclaré Ido Rosenblatt de Magen David Adom Israël.

La France a donc encore un long chemin à parcourir, non seulement dans les secours d’urgence, mais aussi dans la gestion générale des situations après une attaque terroriste. En Israël, la mise en place d’une « Situation Room » pourrait être un exemple à suivre pour la France et d’autres pays touchés par des attaques récurrentes. Cette cellule de crise rassemble à toute heure du jour et de la nuit des responsables de la police, des services de renseignement, des secours et de l’immigration, dans le but de prévenir un attentat et d’initier un plan d’action en cas de crise. Les méthodes israéliennes ne sont pas seulement prisées en France, dans une ère où une meilleure prise en charge des victimes de terrorisme concerne le monde entier. Lors de sa récente visite en Israël, le Premier Ministre indien, Narendra Modi, a invité le fondateur de United Hatzalah, autre organisation médicale israélienne bénévole de premier secours, dans le but de mettre en place un service similaire dans les villes indiennes les plus peuplées, en s’inspirant du génie innovateur israélien.

« Nous vous aimons, Madame » par Jean d’Ormesson

Jean d’Ormesson a accueilli Simone Veil sous la Coupole en 2010. Extraits de son discours de réception.

« C’est une joie, Madame, et un honneur de vous accueillir dans cette vieille maison où vous allez occuper le treizième fauteuil qui fut celui de Racine.

De Racine, Madame ! De Racine ! […]

Je ne voudrais pas que le vertige vous prît, ni que la tâche vous parût trop lourde. Vous succédez à Racine, c’est une affaire entendue. Vous succédez aussi à Méziriac, à Valincour, à La Faye, à l’abbé de Voisenon, à Dureau de La Malle, à Picard, à Arnault, tous titulaires passagers de votre treizième fauteuil et qui n’ont pas laissé un nom éclatant dans l’histoire de la pensée et des lettres françaises. Ils constituent ce que Jules Renard, dans son irrésistible Journal, appelle “le commun des immortels”. »

Et de poursuivre en citant Paul Valéry : « “L’Académie est composée des plus habiles des hommes sans talent et des plus naïfs des hommes de talent.” […]

Ce n’est ni pour votre naïveté ni pour votre habileté que nous vous avons élue. C’est pour bien d’autres raisons. Ne croyez pas trop vite que vous êtes tombée dans un piège. […] De toutes les figures de notre époque, vous êtes l’une de celles que préfèrent les Français. Les seuls sentiments que vous pouvez inspirer et à eux et à nous sont l’admiration et l’affection.

De toutes les figures de notre époque, vous êtes l’une de celles que préfèrent les Français. »

Jean d’Ormesson déroule alors cette vie trépidante qui « commence comme un conte de fées » à Nice, puis l’arrestation, Drancy, Auschwitz. « Vous entrez en enfer. Vous avez seize ans, de longs cheveux noirs, des yeux verts et vous êtes belle. […]

En m’adressant à vous, Madame, en cette circonstance un peu solennelle, je pense avec émotion à tous ceux et à toutes celles qui ont connu l’horreur des camps de concentration et d’extermination. Leur souvenir à tous entre ici avec vous. […]

À plusieurs reprises, dans des bouches modestes ou dans des bouches augustes, j’ai entendu parler de votre caractère. C’était toujours dit avec respect, avec affection, mais avec une certaine conviction : il paraît, Madame, que vous avez un caractère difficile. Difficile ! Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. […] Permettez-moi de vous le dire avec simplicité : pour quelqu’un qui a traversé vivante le feu de l’enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez très peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie. »

Un mot aussi pour ses enfants, qui sont là, bien sûr, et pour son mari : « Quelqu’un qui, comme Antoine, aime autant la musique et Chateaubriand ne peut pas être tout à fait mauvais. […]

Je m’interroge sur les sentiments que vous portent les Français. Vous avez été abreuvée d’insultes par une minorité, et une large majorité voue une sorte de culte à l’icône que vous êtes devenue.

La première réponse à la question posée par une popularité si constante et si exceptionnelle est liée à votre attitude face au malheur. Vous avez dominé ce malheur avec une fermeté d’âme exemplaire. Ce que vous êtes d’abord, c’est courageuse – et les Français aiment le courage. […]

Avec une rigueur à toute épreuve, vous êtes, en vérité, une éternelle rebelle. Vous êtes féministe, vous défendez la cause des femmes avec une fermeté implacable, mais vous n’adhérez pas aux thèses de celles qui, à l’image de Simone de Beauvoir, nient les différences entre les sexes. Vous êtes du côté des plus faibles, mais vous refusez toute victimisation. Quand on vous propose la Légion d’honneur au titre d’ancienne déportée, vous déclarez avec calme et avec beaucoup d’audace qu’il ne suffit pas d’avoir été malheureuse dans un camp pour mériter d’être décorée.

La clé de votre popularité, il faut peut-être la chercher, en fin de compte, dans votre capacité à emporter l’adhésion des Français. Cette adhésion ne repose pas pour vous sur je ne sais quel consensus médiocre et boiteux entre les innombrables opinions qui ne cessent de diviser notre vieux pays. Elle repose sur des principes que vous affirmez, envers et contre tous, sans jamais hausser le ton, et qui finissent par convaincre. Disons-le sans affectation : au cœur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale. […]

Beaucoup, en France et au-delà, voudraient vous avoir, selon leur âge, pour confidente, pour amie, pour mère, peut-être pour femme de leur vie. Ces rêves d’enfant, les membres de notre Compagnie les partagent à leur tour. Aussi ont-ils choisi de vous prendre à jamais comme consœur. Je baisse la voix, on pourrait nous entendre : comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Soyez la bienvenue au fauteuil de Racine qui parlait si bien de l’amour. »

 

L’Europe, l’autre combat de sa vie

« Dès que je suis rentrée de déportation, j’ai pensé que (…) il fallait absolument faire l’Europe » : l’Europe, l’autre grand combat de sa vie

 

Décédée vendredi 30 juin à l’âge de 89 ans, Simone Veil a été toute sa vie durant le fer de lance du projet européen.

17 juillet 1979. Simone Veil devient la première femme à présider le Parlement européen. L’Europe, c’est l’autre grand combat de sa vie. Une bataille qu’elle a nourrie dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Dès que je suis rentrée de déportation, très vite, j’ai pensé que la seule solution si on voulait éviter ça à nos enfants et à nos petits-enfants, il fallait absolument faire l’Europe », déclarait-elle.

Lire l’article du Monde

« Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme »

A la tribune de l’Assemblée nationale, Simone VEIL, ministre de la santé, présente son projet de réforme de la législation sur l’avortement.

Elle déclare : « L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans que la société paraisse l’encourager ?

Je voudrais vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d’hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame.

C’est pourquoi si le projet tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme ». Elle évoque ensuite la situation des femmes qui se trouvent en situation de détresse, que la loi rejette « dans l’opprobre, la honte et la solitude », et s’interroge :

« Parmi ceux qui combattent aujourd’hui une éventuelle modification de la loi répressive, combien sont-ils ceux qui se sont préoccupés d’aider ces femmes dans leur détresse, combien sont-ils ceux qui, au delà de ce qu’ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension et l’appui moral dont elles avaient un si grand besoin ? »

Voir la vidéo :

http://www.ina.fr/video/I07169806

Mai 2000, Simone Veil signait la préface de l’ouvrage Les lendemains

 

 

PREFACE De Madame Simone VEIL (mai 2000)

 

 

                Mai 1945. La guerre est finie, du moins en Europe. Pour autant, la tâche de l’OSE est loin d’être terminée. Il ne suffit pas d’avoir sauvé les enfants, elle veut encore leur donner la force et la joie de vivre.

 

            Certes, avec la libération du territoire français, une page avait été tournée : celle du combat devenu de plus en plus périlleux qui avait contraint les responsables de l’OSE à œuvrer dans la clandestinité.

 

            Au cours des derniers mois de l’occupation, le rythme des arrestations n’avait cessé de s’accélérer, la Gestapo cherchant à gagner de vitesse la progression des forces alliées. Enfants, malades, vieillards, que l’on pensait à l’abri dans des institutions, sont regroupés à Drancy pour être déportés aussi longtemps que les trains peuvent encore quitter la région parisienne. Nombre de responsables de l’OSE sont arrêtés, torturés, déportés ou même exécutés. Certains d’entre eux accompagneront les enfants jusqu’au bout dans leur tragique destin.

 

            À la Libération, sortie de la clandestinité, l’OSE se réorganise aussitôt pour faire face aux nouveaux besoins des enfants et des parents.

 

            En premier lieu, il faut les aider à se retrouver et regrouper, ce qui n’est pas toujours facile. Beaucoup n’ont ni logement ni moyens d’existence. Quant aux enfants dont les parents ont été déportés, jusque là placés dans des familles ou dans des institutions, pour la plupart catholiques ou protestantes, l’OSE se préoccupe de les accueillir dans ses propres maisons.

 

            Partagée entre l’espoir que la fin de la guerre ne tardera pas et l’angoisse sur le sort des déportés, l’OSE, faisant preuve d’une grande prudence, ne prend aucune mesure qui pourrait peser sur l’avenir des enfants qui lui sont confiés.

 

            Deux mille d’entre eux ne reverront pas leurs parents, parmi lesquels beaucoup resteront sous sa responsabilité.

 

            Ceux qui sont d’origine étrangère, et ils sont nombreux, n’ont souvent connu qu’une vie marquée par les persécutions nazies : l’exil, les camps d’internement, la séparation d’avec leurs parents, la clandestinité, des placements plus ou moins stables et plus ou moins satisfaisants. Certains d’entre eux n’ont plus aucun souvenir de leur passé familial, ils découvrent leur histoire avec leur véritable identité. À côté de ceux qui retrouvent ainsi une famille, il y a tous ceux pour lesquels les noms n’auront jamais de visage.

 

            À tous, l’OSE s’efforce de procurer la vie la plus normale possible, en dépit du traumatisme des années écoulées et des incertitudes pour l’avenir. Quels que soient leur origine, leur âge, leur situation de famille, le poids du cassé est si lourd que ces jeunes ont besoin d’être sécurisés par une atmosphère chaleureuse qui les met en confiance et leur permet d’acquérir les règles de vie et l’éducation dont ils ont été privés.

 

            Alors qu’elle est déjà confrontée aux problèmes posés par la diversité de situation entre des jeunes dont les uns réagissent par la violence tandis que d’autres se réfugient dans le silence et une certaine apathie, l’OSE se voit confier plus d’une centaine d’enfants qui viennent d’être libérés du camp de Buchenwald et que le Gouvernement français a proposé d’accueillir.

 

            Polonais ou Hongrois pour la plupart, ces enfants qui ont échappé par miracle à la chambre à gaz ont tous vécu des moments particulièrement dramatiques. De tous les membres de leur famille, dont certains ont parfois été assassinés sous leurs yeux, ils sont généralement les seuls survivants.

 

            Ils restent profondément marqués par les souffrances et la violence de la vie concentrationnaire.

 

            Ces jeunes n’ont pas choisi de venir en France — ils ne parlent pas le français et ne savent généralement rien de notre pays ni de l’OSE. L’accueil de la France leur permet cependant de ne pas être séparés les uns des autres et d’éviter d’attendre dans un camp de personnes déplacées un hypothétique visa pour aller en Palestine ou aux États-Unis. C’est alors le rêve de beaucoup d’entre eux. II deviendra ultérieurement réalité pour ceux qui ont persisté dans ce choix.

 

            Pour les responsables de l’OSE, la situation était totalement inédite. Il ne s’agissait pas seulement d’héberger, de nourrir et d’éduquer ces enfants. II fallait surtout leur apprendre à vivre avec leur passé, en leur préparant un avenir : les aider à retrouver des racines, à construire un projet de vie, à se supporter les uns les autres et à vivre ensemble en dépit des différences, des tensions et des rapports de force. Pour cela, ils devaient pouvoir s’exprimer librement avec leurs angoisses et leur révolte, afin d’exorciser les sentiments d’humiliation et de haine, voire de vengeance qu’ils ressentaient.

 

            À la méfiance vis-à-vis des adultes, à la tentation de la violence engendrée par la volonté de survivre, à la négation des valeurs, il fallait opposer le sens de l’humain et de la solidarité. Face à la désespérance, il fallait faire renaître l’espoir et le goût de la vie. Le malheur partagé, leur expérience vécue en commun et les liens d’amitié noués entre eux constituaient une base solide pour cet apprentissage d’une nouvelle vie.

 

            La création du journal « Lendemains » leur a apporté cet espace de liberté qui leur a permis de tout affronter.

 

            Au cours des années 1946 et 1947, les quatorze numéros qui ont été entièrement réalisés par des jeunes de l’OSE ont circulé d’une maison à l’autre. Véritable journal de bord, ces numéros successifs traduisent l’évolution de l’état d’esprit des intéressés.

 

            Dans les premiers numéros, on note avant tout leur solitude, leurs difficultés à s’intégrer, leurs dissensions. Le temps qui passe les rapproche. Leur intérêt pour les gens et les choses s’éveille. Le goût de vivre revient ainsi que leur capacité à se projeter dans l’avenir.

 

            Jouant le rôle de médiateur, « Lendemains » ouvre des débats, permet à chacun d’argumenter à propos du judaïsme, d’un éventuel départ pour la Palestine, de l’avenir qui les attend, etc.

 

            Grâce à cette confrontation d’idées, les esprits mûrissent, favorisant la compréhension entre des adolescents unis par leur passé, mais dont chacun a désormais besoin de s’affranchir pour affirmer sa personnalité et choisir son destin.

 

            Cinquante ans après, la lecture de « Lendemains » suscite une profonde émotion qui, outre les souvenirs douloureux qu’elle évoque, est l’occasion de rendre hommage à l’action admirable de l’OSE qui, de ces jeunes sortis de l’univers concentrationnaire, a su faire des hommes.

 

            On ne peut donc que se réjouir de la réédition de ces journaux dont il ne subsiste que quelques exemplaires, témoignages du courage et d’une volonté de survivre, symboles de la victoire sur les nazis et la Solution Finale.

 

Madame Simone VEIL

Ancien Ministre d’État

Ancien Président du Parlement Européen