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Hommage à Gaby Cohen, ancienne de l’OSE, décédée lundi 30 avril


Jean-François Guthmann, Président de l’Oeuvre de Secours aux Enfants, Roger Fajnzylberg, Directeur Général, les membres du Conseil d’Administration, l’ensemble des salariés, les membres de l’Amicale des Anciens de l’OSE-France, ont la tristesse de vous faire part du décès, lundi 30 avril 2012, de Gaby (Niny) Cohen, résistante, femme engagée et rayonnante, qui fut, pour tous ceux dont elle eut la charge, une mère, une amie et une confidente. Agée de 89 ans, elle est décédée à Paris dans la nuit du dimanche à lundi. Un portrait d’elle sera exposé en sa mémoire au siège de l’OSE, au sein du centre Georges Garel. L’OSE  s’associe à la douleur de la famille et souhaite lui rendre un vibrant hommage en revenant sur  son parcours tout à fait exemplaire. Retour sur la vie de cette femme d’exception vue par katy Hazan, historienne de l’OSE.

 

« Elle s’appelait Gaby, ni  Gabrielle, ni Marguerite, elle fut surnommée Niny,
De sa petite enfance à Ingwiller, un petit village près de la ligne Maginot, elle se souvient de la petite école juive, rue de l’étoile. Elle se souvient également de l’institutrice qui la faisait rêver du Brésil.
Avec son amie Margot, elle se promenait déjà très élégante, chapeautée et en chaussures vernies sur le Banhholz, le shabbat après-midi.
Au moment de son adolescence, ce fut la guerre. Elle a passé le baccalauréat à Limoges avec le Mîme Marceau. Elle se souvient de l’enfant prodige qui était capable d’interpréter 15 personnages différents en déclamant la même phrase, qui remonte à sa mémoire, soixante ans après : « as-tu vu le chapeau vert de ma belle-mère, tout en haut du grand peuplier vert. »
Elle est impatiente d’agir Niny, alors, après les éclaireuses ainées de EIF, pour faire comme son cousin Pierrot Kaufmann, elle veut s’engager au secours des Juifs persécutés. Andrée Salomon de l’OSE lui conseille de suivre une formation. Elle passe son diplôme de jardinière d’enfants à l’école montessorienne de Melle Brandt à Vichy et se fait la main sur les enfants du personnel politique du Boulevard du Parc.
Et puis les choses se précipitent, elle est engagée comme éducatrice dans la maison d’enfants de stricte observance de l’OSE à Broût-Vernet dans l’Allier. Elle s’occupe des petits et tente de leur faire oublier les rigueurs de la guerre.
En 1943, elle entre dans le circuit clandestin de sauvetage d’enfants, Andrée Salomon lui confie des missions du côté de Nîmes, Béziers et Montpellier pour convoyer des enfants et porter les pensions ; A Sète, elle passe la nuit à la gare dans une cabine téléphonique, puis dans un hôtel louche rempli de soldats qui tambourinent à sa porte toute la nuit. Le reste du temps, elle est dans les trains, ou à bicyclette pour aller chercher les ordres à Limoges, ou à Chambéry.
A Lyon, il y a son amie de toujours Margot Cohn dont l’appartement  est un centre de ralliement pour les Juifs alsaciens qui veulent passer un shabbat dans les règles. Elle y retrouve les Néher, Jacqueline Dreyfus et bien d’autres. Mais  l’appartement sert aussi de lieu de rendez-vous pour la fabrication de fausses cartes d’alimentation qui sont lavées à l’eau de javel pour enlever le fameux J rouge et repassées consciencieusement.
A la Libération de Lyon, les deux amies décident d’ouvrir la première maison d’enfants de l’OSE, dans une petite villa d’ Oullins, près de La Mulâtière, louée avec leurs propres deniers. Elles ne voulaient pas que leurs « gosses » sortis pour les fêtes de Tichri, repartent dans les familles d’accueil. Ce ne fut pas du goût de la direction de l’OSE  qui y dépêche les Samuel, ainsi naquit « l’Irondelle ».

Elle était belle et rayonnante, Niny, comme un jour qui se lève.
Elle fut la Niny de chacun d’entre nous, ceux qu’elle a protégés, côtoyés, aimés.
Elle fut d’abord la Niny des Buchenwaldiens, « ses garçons » comme elle les appelait, et qu’elle défendait bec et ongles,  les petits d’abord, Izio, David, et tous les autres. Elie Wiesel  a écrit sur elle des pages émouvantes dans ses mémoires : « Niny ne le sait pas, mais Kalman et moi composons à sa gloire des poèmes enflammés et médiocres en yiddish. Innocents ? Oui. Platoniques ? Oui encore. Et pourtant l’attirance que nous avons ressentie pour elle me paraît aujourd’hui bien compréhensible : vivant entre garçons comment n’aurions nous pas été subjugués  par la présence de Niny, si féminine, si affectueuse ; Dès que je l’apercevais, mon cœur se mettait à battre violemment. Judith et Mireille sont fiancées, donc intouchables. Niny est seule, donc théoriquement approchable, « aimable ». Kalman l’aime, moi je l’aime, en fait tous les enfants l’aiment mais aucun n’ose l’avouer. »

Car Niny et Judith furent responsables du groupe des Buchenwaldiens les plus religieux qui partit au château d’Ambloy pour y vivre une vie juive complète. Pour eux fut ouverte la maison de Taverny qui existe toujours, puis celle de Versailles. Suprême coquetterie, elle n’a jamais voulu traduire leurs témoignages en yiddish écrits  dans son carnet rouge, pour en garder tout le mystère.
C’est encore elle qui s’occupa des enfants Finaly avant leur départ pour Israël.

En 1947, elle obtient une bourse pour une formation spécialisée de service social aux Etats-Unis. Elle en garda quelques anglicismes sonores, mâtinés de mots en yiddish qui se mélangent harmonieusement à ses pointes d’accent   judéo alsacien.
En rentrant, elle travaille au Joint, pour faire le lien entre les services sociaux de cette organisation et les organismes de protection de l’enfance en France, puis, au Fonds Social Juif Unifié, où elle occupe le poste d’assistante sociale chef, responsable de l’enfance jusqu’à sa retraite, en 1985.

Elle a reçu la médaille de la Légion d’Honneur en 2006.

« L’OSE a inculqué en moi une certaine éthique, le sens des responsabilités et le souci de l’autre », disait Niny.
Avec sa disparition, nous avons tous perdu une grande dame.  »

Katy Hazan

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