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Le sauvetage des enfants juifs pendant l’occupation

Le sauvetage des enfants juifs pendant l’occupation
(dans les maisons de l’OSE 1938-1945)

Des milliers d’enfants en France ont échappé à la déportation et à l’extermination grâce à l’extraordinaire organisation de caches mise en place par l’Œuvre de secours aux enfants (OSE), dès 1938 : les maisons d’enfants de l’OSE.

 

1939-1944   Le sauvetage des enfants juifs

Avec la déclaration de guerre en septembre 1939, le programme de l’OSE prend une autre dimension.
Il faut non seulement mettre à l’abri les enfants allemands et autrichiens devenus « ressortissants ennemis », mais également organiser l’évacuation des enfants de la région parisienne pour les protéger des bombardements, accueillir le flot des réfugiés et repenser l’action sociale en fonction de la situation politique du pays. Les enfants sont installés dans des châteaux, en Creuse et en Haute-Vienne : Chabannes, Chaumont, le Masgelier et Montintin.


Juin 1940 :  Le bureau de l’OSE à Paris

Le comité OSE zone Nord est confié à Falk Walk et Eugène Minkowski.
Celui-ci, déjà membre du Comité de la rue Amelot, organise un circuit clandestin d’enfants avec une petite équipe de femmes courageuses, dont Enéa Averbouh, directrice des patronages.

Le dispensaire de la rue des Francs-Bourgeois sert de façade légale. Le Dr Irène Oppolon, munie de vrais faux papiers et décidée à ne pas porter l’étoile jaune, convoie les enfants et assure le paiement des nourrices. D’autres assistantes sociales font le même travail, grâce à des relais institutionnels du département de la Seine. L’OSE travaille en étroite liaison avec les Eclaireurs israélites, la WISO, le Comité de la rue Amelot et le mouvement Solidarité (communiste) pour organiser le placement des enfants. Près de 600 enfants sont sauvés sur un total de 4.000 dans la zone nord.

1941-1942  : Un travail d’aide et d’assistance
La direction de l’association s’installe à Montpellier. L’OSE décide, par étapes, l’ouverture de dix centres médico-sociaux dans les principales villes françaises, pour venir en aide à la population juive sans ressources ou assignée à résidence : consultations médicales, service social, vestiaire, aide alimentaire, le travail ne manque pas.

– Sortir les enfants des camps d’internement
Le Dr Joseph Weill, membre du comité de Nîmes, est responsable de l’assistance médicale dans les camps d’internement, tandis qu’Andrée Salomon parvient à en faire sortir 500 enfants, notamment grâce à l’action des assistantes internées volontaires. En collaboration avec les Quakers, elle organise le départ de 350 d’entre eux vers les Etats-Unis (sur un millier de dossiers préparés).

– Multiplier les lieux de vie
D’asiles temporaire qu’elles étaient au début de la guerre, les 14 maisons, laïques ou de stricte observance, deviennent des lieux d’éducation où doivent être pris en charge l’instruction, l’éducation professionnelle en lien avec l’ORT, les loisirs et le sport. Georges Loinger forme une équipe de moniteurs, met sur pied des compétitions sportives à l’intérieur des maisons, puis entre les maisons pour éviter aux enfants de vivre dans la psychose de l’enfermement, et pour préparer l’avenir.

Mars 1942  : Vers une mission de résistance humanitaire
Intégrée à l’UGIF (Union générale des israélites de France) dans la 3eme direction santé, au début de l’année 1942, l’OSE passe progressivement d’un travail philanthropique d’assistance à une mission de résistance humanitaire.
De nouveaux collaborateurs Juifs alsaciens rejoignent l’association. Cette relève est d’autant plus importante que l’OSE est contrainte de se séparer de son personnel étranger, dès la fin de l’année 1942.

 

Si la situation est radicalement différente d’une zone à l’autre en fonction des conditions de l’Occupation, la conscience du danger et la nécessité de disperser et de cacher les enfants n’apparaît qu’après les rafles de Juifs étrangers du 16 et 17 juillet 1942 en zone Nord, et celles du 26 août en zone Sud.

Novembre 1942 : Traqués
Les Allemands entrent en zone Sud. Les Juifs quittent les départements côtiers. L’OSE se déplace en fonction de cette migration. Elle ouvre les centres de Limoges, de Nice, de Megève, de Saint-Gervais et de Chambéry . A Toulouse et Pau, les équipes quadrillent tous les départements environnants, souvent en lien avec les EI. A Lyon, capitale de la Résistance, l’équipe du Docteur Lanzenberg ,  intervient jusqu’à la Libération et étend son activité à Grenoble . Les descentes de la Gestapo en 1943 et 1944 sont responsables d’un nombre important d’arrestations, dont celle de Madeleine Dreyfus. Au total, l’OSE a su mobiliser plus de 25 médecins et une cinquantaine d’assistantes.
La direction de l’OSE, assurée par Joseph Millner et Valentine Cremer, tous deux de nationalité française, se replie à Vic-sur-Cère, puis dans la zone italienne à Chambéry. Elle travaille avec le bureau de l’Union-OSE, indépendant de l’UGIF, et surtout avec l’OSE de Genève qui redistribue l’argent du Joint nécessaire au financement de toutes les opérations.

Printemps-été 1943 : Mise en place du Circuit Garel
Après la fameuse « nuit de Vénissieux » d’août 1942, au cours de laquelle 108 enfants furent sauvés de la déportation, Joseph Weill fait appel à Georges Garel, un ingénieur juif français lié au réseau Combat, pour organiser un circuit clandestin d’enfants. Malgré les innombrables difficultés, le réseau couvrant quatre grandes régions de la zone Sud, à l’exception des alentours de Nice, confiés au réseau Marcel, est opérationnel dès l’été 1943. La fermeture définitive des maisons prend cependant plus d’un an. Chaque région fonctionne de manière cloisonnée et autonome, sous la direction d’un responsable de région  .
Depuis Lyon, Georges Garel coordonne l’ensemble, organise l’infrastructure technique (faux papiers, vestiaire, convoyage), gère les liaisons avec toutes les organisations amies. Perpétuellement en déplacement, il prend les décisions politiques, visite les régions, apporte l’argent, pallie aux arrestations. Grâce à ses contacts personnels auprès de Monseigneur Saliège, Archevêque de Toulouse, et à celles des assistantes juives et non juives de son réseau, des familles, des couvents et des internats sont prêts à accueillir les enfants dont on a, au préalable, changé l’identité et coupé les liens avec leurs parents. Toutes les couches de la population française se mobilisent par l’intermédiaire d’associations, comme la Cimade et les pasteurs protestants autour de Marc Boegner, les Amitiés Chrétiennes de l’abbé Glasberg.
Jusqu’à la Libération, 2.400 enfants ont pu être sauvés (1.600 enfants « aspécifiques » pour le circuit A et 800 enfants « spécifiques » pour le circuit B, placé sous la responsabilité d’Andrée Salomon).

1943-1944  : Les passages en Suisse
La mise en place des passages en Suisse remonte à avril 1943, à la suite de négociations avec les autorités helvétiques pour l’arrivée d’enfants seuls. Plusieurs passeurs travaillant directement sous les ordres de l’OSE sont engagés à cet effet. Jenny Masour avec Robert Job et les responsables des maisons opère le choix des enfants particulièrement menacés qui  sont envoyés dans les nouvelles maisons de la zone italienne, Moutiers-Salins et Saint-Paul en Chablais, ou encore par groupes de 6 à 10 vers la Suisse. En août, les passages sont intensifiés, suite à l’évacuation des centres de résidence assignée de Saint-Gervais et Megève.
Après septembre 1943, avec la ruée des Allemands dans la zone italienne, la tâche devient plus difficile. L’organisation des passages vers la Suisse est confiée à Georges Loinger . A la suite d’arrestations successives, les convois d’enfants sont pratiquement interrompus de novembre 1943 à mars 1944, date à laquelle ils reprennent de manière accélérée, préparés conjointement par l’OSE, la Sixième (le circuit clandestin des EIF) et le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS).

Février 1944 :  La plongée dans la clandestinité
L’arrestation d’Alain Mosse et de tous les membres du bureau de l’OSE-UGIF à Chambéry oblige l’organisation à plonger dans la clandestinité totale. Elle décide la fermeture des dernières maisons d’enfants et de tous les centres et bureaux. La direction continue à œuvrer par des rencontres périodiques à Lyon, chez René Borel ou dans les wagons des trains immobilisés.

– Eté 1944 :  Départ pour la Palestine
Un groupe d’enfants part pour l’Espagne pour rejoindre Eretz Israël, sur le bateau Guinéa.

 

Ces maisons ne représentent qu’une étape dans la stratégie de sauvetage mise en place par l’OSE dès 1938. Il a fallu regrouper les enfants pour les mettre à l’abri, puis les disperser pour les cacher, enfin les récupérer pour les élever. L’histoire du sauvetage des enfants ne finit donc pas avec la guerre.

Texte de Katy Hazan

Pour en savoir plus :
Le sauvetage des enfants juifs pendant l’Occupation dans les maisons de l’OSE 1938-1945, Katy Hazan avec la participation de Serge Klarsfeld, Ed. Somogy, Paris, 2008

 

Découvrez les coulisses de l’exposition « Sauver les enfants, 1938-1945 », imaginée à l’occasion du Centenaire de l’OSE : www.ose-france.org/exposition-sauver-les-enfants/

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