Mise à jour du : 9/07/04
 
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Grandes figures
 
 
Joseph Weill
( Bouxwiller, 1902 - Besançon,1988 )
Médecin, résistant et notable alsacien, Joseph Weill, fut l' un des dirigeants de
l' OSE pendant la guerre. Né à Bouxwiller ( Bas - Rhin ) le 3 juillet 1902, il était le dernier né des quatre enfants du grand rabbin Ernest Nathan Weill ( 1865 - 1947 ) et de Clémentine Weil. Son père, éminent talmudiste, occupa successivement les postes de Fegersheim, Erstein, Benfeld et Bouxwiller ( 1891 - 1919 ), avant de devenir grand rabbin du Haut-Rhin à Colmar en 1919.

Elève au collège de Bouxwiller de 1913 à 1918, Joseph Weill se destina d' abord à une carrière commerciale à Strasbourg, puis il passa son baccalauréat " selon la formule allemande " en 1919, le système universitaire français n' ayant pas encore été rétabli. Il s' inscrivit à l' Ecole de médecine de Strasbourg avec son frère aîné Elie, qui devait devenir généraliste, puis cardiologue. Ils suivirent les cours des " grands patrons " nommés par le ministère de l' Instruction Publique pour conserver à la Faculté le renom international qu' elle avait acquis depuis le XIX° siècle.
Reçu premier à l' externat avec son frère Elie, Joseph Weill choisit d' abord de se spécialiser en psychiatrie, dans le service de Charles Pfersdorff, mais séduit par les recherches du professeur Léon Blum, il choisit ensuite la diabétologie, chaire qui lui fut promise après sa nomination comme chef de clinique ( 1927 ). La mort brutale de son maître lui enleva son principal appui et il décida d' abandonner la carrière universitaire.

En 1930, il obtint un poste de médecin à la clinique d' accouchement Sainte-Anne, dans le faubourg de la Robertsau, où il créa un laboratoire d' analyses médicales, puis ouvrit quelques mois après un cabinet de consultation à Strasbourg, rue des Serruriers, puis place de l' Université ; il devint également chargé de cours à l' école d' infirmières. En 1928, il avait épousé Irène Schwab, fille de Jules et Mina Schwab, de Gerstheim. Sa belle-sœur Fanny Schwab eut une longue carrière liée à la sienne, dans les œuvres sociales comme dans la Résistance.
Conscient que la médecine est une science en constante évolution, mais que seule la pratique constante des malades permet au médecin de respecter le serment d' Hippocrate, c' est à dire de soulager les souffrances, il se perfectionna en diabétologie par de fréquents voyages à Paris et à Bruxelles, ainsi que dans la médecine infantile, domaines où la France avait un grand retard ; une réputation méritée, due à la sûreté de ses diagnostics, l' amena même à donner des consultations en Lorraine, au Luxembourg, en Allemagne ou en Suisse.
Dans les années trente, Joseph Weill participa à à de nombreuses activités culturelles communautaires, avec de jeunes Strasbourgeois dont plusieurs firent ensuite partie de l' OSE et des organismes de Résistance : Andrée Salomon, Frédéric Hammel, Julienne Hertz, Léo Cohn, les rabbins Samy Klein et Elie Bloch, le Dr Robert Lévy-Dreyfus, l' avocat Edouard Bing, Georges Bloch et le grand rabbin Hirschler, qui fondèrent avec lui le " Merkaz ha-Noar ", centre des jeunes. L' " Institut populaire de Sciences Juives ", où enseigna André Neher, alors étudiant en littérature allemande, eut moins de succès, en raison du manque de persévérance des auditeurs…
Inquiet à la fois de la persistance du pangermanisme, représenté en Alsace par un parti autonomiste financé aussi bien par la République de Weimar que par les nazis, il créa, à partir de 1934, une filière de renseignements qui, par
l' intermédiaire du 2° Bureau de Strasbourg, mais aussi grâce à l' appui et aux relations influentes de Roger-Angel Olschanski, industriel bien introduit dans les milieux politiques parisiens, eut très vite la confiance des gouvernements successifs. L' efficacité de cette filière permit de démontrer les liens entre les principaux dirigeants autonomistes et les nazis et de démanteler plusieurs réseaux d' espionnage ; les poursuites contre les partis autonomistes culminèrent en 1939-1940 avec le procès de Nancy et la condamnation à mort du Dr Karl Roos.
Cependant, les avertissements de Joseph Weill, qui avait lu " Mein Kampf ",
sur les menaces d 'Hitler contre les juifs ne furent écoutés ni par les dirigeants communautaires, ni par les autorités, malgré l' appui tardif de Paul Reynaud, puis du Consistoire Central. Il resta aussi sans illusions sur les capacités militaires françaises à résister au réarmement allemand.

En 1938, il acheta une propriété agricole à Sainte-Radegonde, près de Chênehutte -les -Truffeaux ( Maine-et-Loire, près de Saumur ), où il installa une famille juive allemande de 18 personnes, et où il espérait également créer une colonie des Eclaireurs Israélites, préparatoire à l' émigration en Palestine. Il envisagea aussi de partir aux Etats-Unis avec sa famille.
A la déclaration de guerre, ancien conscrit de 2° classe non-mobilisable, il se porta volontaire pour le service sanitaire et se rendit à Wangenbourg, lieu de villégiature des collines vosgiennes, déclaré " hôpital d' étape " pour maladies infectieuses ; mais rien
n' ayant été prévu pour l' organisation matérielle, il rejoignit sa famille, réfugiée à Paramé, près de Saint-Malo, puis à Périgueux, où le préfecture du Bas-Rhin avait été installée et où affluait un flot croissant de réfugiés alsaciens. La plus grande partie de la faculté de médecine et des Hospices Civils de Strasbourg avaient été assignés aux sanatoriums de Clairvivre, près d' Excideuil, site champêtre, mais pauvrement installé ; il s' installa alors comme médecin de campagne à Terrasson ( aujourd'hui Terrasson-la-Villedieu, près de Sarlat, Dordogne ).
Dés les premières semaines, il eut à faire face à une épidémie de typhoïde, qu' il parvint à enrayer ; il prit part à l' aide aux réfugiés, collabora aux soins des malades de Clairvivre, organisa des cours d' apprentissage artisanal ainsi qu' un " hôpital rural " et incita les autorités municipales à détruire les taudis, foyers d' infection : l' éducation sanitaire et
l' hygiène plutôt sommaire des populations du Massif central qu' il décrit sont bien les mêmes que ceux des romans autobiographiques d' André Soubiran, tandis que le délabrement des logements urbains et ruraux, l' incapacité des autorités à faire face à
l' afflux des réfugiés, l' incorrection du préfet de la Charente et la courtoisie du sénateur Hennessy, président du Conseil général, correspondent presque mot pour mot avec le témoignage de Charles Altorffer, alors sous-préfet du bureau d' Alsace-Lorraine, chargé en 1939 par Camille Chautemps du contrôle des réfugiés dans les départements de l' ouest.
A la même époque, Laure Weil et sa belle-sœur Fanny Schwab firent appel à lui pour créer à Périgueux les "Oeuvres d' aide sociale israélites aux populations repliées
d' Alsace ", avec ses amis l' architecte départemental Lucien Cromback, l' industriel Raymond Baumann, le docteur Gaston Lévy, qui créa une crêche de l' OSE à Limoges, et
l' avocat Jules Weil, à qui ils confièrent, ainsi qu' à sa femme Henriette Sulzer, sœur
d' Andrée Salomon, l' orphelinat juif de Strasbourg, devenu " Orphelinat Boulodrome ", à Bergerac. Ils organisèrent aussi une équipe de " médecins volants " avec son frère Elie et les Drs Gaston Revel et Nerson, qui sillonna la Dordogne et les départements limitrophes jusqu' en 1944.
Au printemps 1940, il reçut l' ordre, comme " requis civil ", de diriger le bureau
d' hygiène à la Préfecture d' Angoulème, et fut nommé en même temps commissaire sanitaire des évacués de la Moselle en Charente. Il fit face à une épidémie de typhoïde à Cognac, où il entra en relation avec le sénateur Henessy, propriétaire des célèbre eaux-de-vie. Il obtint aussi une aide anglo-américaine, sous forme d'infirmières disposant de voitures,
Le 17 avril 1940, il fut mobilisé sur place comme " soldat sanitaire ", puis promu le 15 mai médecin sous-lieutenant au service de santé VII, division de Dôle.

Après l' armistice, le préfet le libéra de ses fonctions, et il put regagner Terrasson, mais ne put, après les mesures anti-juives de 1941, continuer à exercer la médecine. A Vichy et à Limoges, il eut plusieurs rendez-vous avec R. A. Olschanski qui lui conseilla de passer en Angleterre, mais il refusa, jugeant sa présence en France plus utile. Lors de ses séjours à Vichy, ses démarches le mirent en contact avec la direction de l' OSE, alors également repliée dans cette ville, qu' elle quitta ensuite pour Vic-sur-Cère, puis Montpellier. L' OSE, où travaillait déjà plusieurs de ses amis strasbourgeois, lui proposa un poste de médecin - cpnsultant, pour lequel il mit à profit ses relations, son sens de l' organisation, sa vision politique et, bien entendu, ses connaissances professionnelles. Il en devint en fait le directeur médical.
Son activité à l' OSE fut considérable : malgré les précisions apportées par ses mémoires, la dispersion des documents datant de cette époque ne permet pas encore de définir, en l' état actuel des recherches, l' ensemble des importantes responsabilités qu' il assuma, d' abord en zone sud, puis en Suisse ; un rapport de la police militaire d' octobre 1941 détaille toutes ses activités, ses nombreux déplacements, sa volumineuse correspondance, ses transferts de fonds, et surtout " son activité incessante en faveur des juifs étrangers ". En effet, tout en exerçant par correspondance la surveillance médicale des maisons d' enfants et des centres médicaux-sociaux, il participa de façon active à l' aide aux réfugiés étrangers internés dans les camps de la zone sud et, au sein du comité de Nîmes, créé le 20 novembre 1940 et dont il présida la " commission d' hygiène, d' aide à l' enfance et aux vieillards " ( voir " Histoire de l' OSE " ).

Dès le 12 décembre, il présenta, au nom de l' OSE, un projet de travail social " en profondeur " et un programme de libération des enfants, considéré comme prioritaire. Grâce à l' appui de plus d' une vingtaine d' organisations américaines, suisses et françaises, ainsi qu' aux bonnes relations entretenues par la direction de l' OSE avec l' équipe du préfet régional Benedetti, du préfet de l' Hérault Ernst et du secrétaire général Frédérici, il obtint les certificats d' hébergement permettant de faire sortir des camps les enfants de moins de 15 ans, d' abord abrités au solarium de Palavas-les-Flots ( dont la directrice était Sabine
Zlatin ), puis conduits dans les maisons d' enfants de l' OSE de la zone sud. Il obtint enfin du directeur européen du JOINT, replié à Marseille, Joseph Schwarz, le financement rapide des besoins de l' OSE. Sur 2 000 enfants internés en novembre 1940, l' OSE et le comité de Nîmes parvint à en faire sortir et à placer, en maisons d' enfants, en familles d' accueil ou en pouponnières, près de 1 500 ; en juillet 1942, il n' en restait plus que 540, que les parents avaient souhaité garder auprès d' eux.
Joseph Weill fut, avec Nina Gourfinkel, déléguée du RELICO et Daniel Bénédite, délégué du " Comité américain de Secours " de Varian Fry, l' un des seuls à affirmer publiquement devant Peyrouton, ministre de l' Intérieur, que les camps crées par Vichy étaient illégaux.
Témoin du peu d' efficacité de la " Commission Centrale des Œuvres juives
d' Assistance ", qui se réunissait à Vichy, il créa, en mars 1941, avec le " Comité
d' Assistance aux réfugiés ", l' OSE et plusieurs organisations juives d' assistance, la
" Commission des camps " ; le comité exécutif comprenait Albert Lévy, Georges Picard et lui-même. Nommé président de la " commission de l' enfance ", il se vit confier une série
d' enquêtes sur la situation dramatique des internés des camps de Vichy, dont il publia des extraits dès la Libération dans son ouvrage célèbre et souvent cité sur " les camps
d' internement dans l' anti-France " ( voir plus bas, Bibliographie ). En 1942, le bureau de la " Commission des camps " devint la 3° section de la 5° Direction de l' U.G.I.F. ; en janvier 1943, elle s' installa à Marseille, puis, le 24 mars 1943, à Sisteron ; tous les membres de ce bureau furent arrêtés et déportés le 4 novembre 1943.

En 1941-1942, l' OSE et plusieurs organisations juives et protestantes parvinrent, avec le concours de la HICEM, une association d' aide à l' émigration, à faire partir aux Etats-Unis un peu plus de trois cents enfants et tentèrent d' en envoyer plusieurs centaines d' autres ; au printemps 1942, Joseph Weill intervint à trois reprises auprès de l' amiral Leahy, ambassadeur des Etats-Unis à Vichy, puis dans le bureau même de Pierre Laval, afin d' obtenir les visas de sortie des 500 enfants supplémentaires admis sur le quota des 5 000 visas obtenus de Roosevelt, auxquels on pouvait ajouter 1000 visas pour le Canada et 1000 pour la Palestine. Il se rendit clandestinement à Genève pour obtenir la preuve du quota autorisé. Malheureusement, en raison de la mauvaise volonté du lieutenant-général de la Police, Bousquet , qui retarda les procédures administratives, puis du refus définitif de Laval, l' émigration de ce quatrième convoi ne put avoir lieu avant le débarquement américain en Algérie ( voir " Histoire de l' OSE " ).


En mai 1942, il se rendit à nouveau, de façon officielle, en Suisse avec le directeur de l' UNION-OSE, Lazard Gurvic, pour établir les contacts avec les autorités suisses et les dirigeants communautaires en vue de l' accueil des réfugiés juifs clandestins, qui commençaient à affluer à la frontière suisse, et du financement de la future action clandestine de l' OSE. En août 1942, il effectua un nouveau voyage à Genève, dont il revint juste au moment des grandes rafles de la zone sud. Il participa à la commission de criblage des 27 - 30 août 1942 à Vénissieux, qui parvint à sauver 108 enfants lors de la " nuit de Vénissieux " ( voir la notice " Georges Garel " ) et entreprit, dès le lendemain, de tracer les grandes lignes du programme de sauvetage des enfants, en obtenant, au préalable, l' accord du délégué de l' American Joint Distribution Committe, Dika Jefroykin, pour les sommes considérables nécessaires à cette action clandestine. Deux constatations s' étaient imposées à lui :
- les maisons d' enfants étaient soudain devenues des pièges mortels et des
viviers naturels pour les ennemis des juifs : il fallait cacher les enfants sous de faux noms, dans des institutions ou chez des particuliers, et faire passer en Suisse ou en Espagne les plus menacés en raison de leur taille , de leur physique, de leur accent ou de leur trop grande orthodoxie religieuse. Et finalement, dissoudre les maisons.
- certains cadres de l' OSE, dont le métier d' éducateur n' était pas la formation
d' origine, s' étaient sclérosés, par habitude, nonchalance ou inconscience du danger : il fallait les renouveler, former des assistants " vierges ", au besoin non-juifs, et les instruire à l' action clandestine.
Ces propositions, qui allaient à l' encontre des habitudes établies, ne furent pas facilement acceptées et mises en œuvre ; la dissolution des maisons d' enfants s' échelonna durant toute l' année 1943, en fonction des réseaux de clandestinité mis en place.

Au début de l' hiver 1943, Joseph Weill, demeuré seul après le passage de Lazare Gurvic en Suisse, confia à Andrée Salomon la mission de faire fabriquer les faux papiers par les réseaux de résistance en relation avec l' OSE, de distribuer les nouvelles identités aux enfants et de prévoir leurs nouvelles affectations ; il chargea Georges Garel, rencontré à Vénissieux, de prendre les contacts nécessaires avec le clergé catholique et les institutions religieuses, puis d' organiser le circuit qui, désormais, porte son nom. Enfin, il confirma à Georges Loinger, qui les avaient déjà testés, d' organiser les passages clandestins vers la Suisse. Il n' eut pas la possibilité de constater sur place la réussite de ses plans, mais seulement les premières semaines d' exécution.

Au début de mars 1943, il échappa à une première arrestation par la Gestapo et décida d' utiliser le visa d' entrée en Suisse qu' il avait obtenu grâce à plusieurs interventions, dont celle du représentant de l' OSE en Suisse, le Dr Tschlenoff ; il se rendit à Aubusson, puis à Valence, chez des amis, où le rejoignirent sa mère, sa femme et ses trois enfants. Julien Samuel ( voir sa notice ) lui recommanda une passeuse nommée Suzanne, qui se révéla par la suite être à la fois une voleuse et un agent double. Enfin, ses amis valentinois fournirent à toute la famille de faux papiers d' identité. L' intention du Dr Weill était de mettre sa famille en sécurité en Suisse, puis de revenir en France continuer son travail de sauvetage, mais les choses se passèrent autrement : si la passeuse ne les trahit pas,
l' accueil des autorités militaires, qui assuraient la police des frontières dans l'arrondissement territorial de Genève, fut loin d' être cordial, et, placé à Genève sous surveillance, il ne put repartir.

Le 2 avril, Joseph Weill et sa famille se rendirent à Annemasse, d'où ils
passèrent la frontière à Ambilly. Internés au centre des Cropettes, puis des Charmilles,
ils furent placés sous contrôle militaire à l' hôtel Intercontinental de Genève le 10 avril, puis autorisés à résider sous contrôle civil dans un appartement privé le 19 avril, sur intervention de " L' Aide aux émigrés " et d' Armand Brunschvig, président de la communauté israélite de Genève ; en effet, l' armée avait d' abord prévu de les transférer à Zurich sous son contrôle, parce que sa sœur, mariée à un Suisse, Joseph Rothschild, résidait dans cette ville.


L' Union-OSE disposait depuis 1933 à Genève d' un bureau modeste, dirigé par le Dr Tschlenoff, l' un des membres de l' ancienne OSE russe, qui avait le titre de délégué de
l' UNION-OSE ; les activités de ce bureau avaient été limitées jusqu' alors à des collectes de fonds, à des envois de colis aux internés des camps français et de produits pharmaceutiques aux populations juives des ghettos de Pologne ainsi qu' à une aide médico-sociale aux émigrants juifs en Suisse. Le Dr Tschlenoff s' était aussi préoccupé de demander et de faire renouveler, à partir de 1942, les visas C, réservés aux personnalités non - refoulables, pour les dirigeants et le personnel de l' OSE travaillant en France et qui pouvaient être amenés à se réfugier en Suisse.
La Direction centrale de l' UNION-OSE fut réorganisée sous la présidence du Dr Tschlenoff et la direction de Lazare Gurvic, autorisé à travailler le 10 septembre 1943 ; le Dr Joseph Weill en devint membre, avec plusieurs personnalités juives de Suisse. L' OSE-Suisse, jusqu' alors virtuelle, devint une association officielle, également présidée par le Dr Tschlenoff, mais jusqu' en 1949, son activité demeura peu dissociable de celle de l 'UNION- OSE, en liaison étroite avec la " Fédération des communautés juives de Suisse ", chargée de répartir l' aide financière du JOINT.
Sous l' impulsion de Lazare Gurvitch, puis de Joseph Weill, qui fut autorisé le 22 décembre 1943 à travailler " à titre honoraire en considération de sa grande expérience et de sa compétence ", l' équipe de l' OSE élargit considérablement son champ d' action en Suisse même et hors de Suisse :
- réception des subventions, transférées ensuite de manière secrète par des réseaux savoyards à Maurice Brenner, représentant du Joint en France, de 1943 à fin 1945, d' abord pour alimenter l' action clandestine, à l' aide de réseaux de résistance établis en Suisse et en Savoie, ensuite pour permettre à l' OSE de reconstituer son activité après la Libération. Les relations avec le Joint, principal donateur, furent quelquefois tendues, en raison des exigences américaines concernant la stratégie de l' OSE, mais il conserva toujours une grande admiration pour Saly Mayer, délégué du Joint à Saint-Gall.
- diffusion des nouvelles de la résistance juive française auprès des dirigeants
communautaires de la Fédération des Communautés israélites de Suisse et de l' agence " JUNA " ( " Jüdische Nachichten " ) qui en dépendait.
- action auprès des autorités fédérales, de la Croix-Rouge suisse et des associations
calvinistes pour obtenir l' accueil en Suisse du plus grand nombre de juifs clandestins, adultes et enfants, et une amélioration de leurs conditions de séjour. Ils obtinrent, par exemple, l' autorisation pour les médecins juifs internés dans les camps suisses de suivre des cours de recyclage dans certaines universités.
- En liaison avec l' ORT-Suisse, dont Joseph Weill devint membre coopté, et avec
l' appui d' un cinquantaine d' associations suisses, l' OSE obtint la création d' un comité destiné à assurer des cours de psychologie, d' hygiène, de droit et de de formation au travail social d' après-guerre à une centaine de jeunes gens, suisses et étrangers, à Genève et à Zurich ; des cours d' infirmières purent également avoir lieu à Lausanne.
- création à Genève, entre 1943 et 1945, d' un, puis de deux établissements
d' enseignement secondaire et professionnels destinés à 90 " enfants de l' OSE " réfugiés en Suisse, sous l' enseigne du " Home de la Forêt "
- poursuite du travail proprement médico-social de l' OSE en faveur des réfugiés
juifs dans les camps d' internement en Suisse ( envois de colis et surveillance médicale des jeunes travailleurs, cures, soins dentaires, fournitures de prothèses, etc ). Les soins spécifiques en faveur des tuberculeux ne purent être effectifs qu' après la guerre.
- création d' un " Groupe d' études des problèmes des réfugiés dans l' après
guerre ", composé d' une trentaine de personnalités juives et non juives, parmi lesquelles plusieurs personnalités éminentes.
Toutes ces activités, encore mal connues dans le détail, feront l' objet de recherches ultérieures par le service " Archives et Histoire " de l' OSE.
Sans parvenir à sauver l' ensemble de sa famille et celle de sa femme, Joseph Weill veilla à mettre plusieurs de ses parents en sécurité : Mina Schwab, sa belle-mère, sa fille Marguerite Lévy et son mari, qui passèrent la frontière suisse près de Boncourt ( Jura
suisse ) le 10 mai 1944 ; Fanny Schwab passa également la frontière genevoise le 6 juin 1944.

En avril 1945, Joseph Weill s' installa à Paris où il continua à travailler pour l' OSE, tandis que sa famille retournait à Strasbourg. Il effectua plusieurs missions sanitaires dans les camps de " personnes déplacées " en Allemagne, ainsi qu' au Maroc. Des dissensions entre l' UNION-OSE et l' OSE - France, précipitèrent sa démission en 1947. Il revint
s' installer à Strasbourg où il rouvrit son cabinet médical. En 1955, il fut élu à la fois membre et président du Consistoire israélite du Bas-Rhin, en remplacement de l' architecte Lucien Cromback, poste qu' il occupa jusqu' en 1966 ; il donna à cet organisme une ambition beaucoup plus vaste que celle de ses prédécesseurs directs, qui avaient surtout eu pour tâche de mener à bien la reconstruction matérielle et morale des communautés du département, fortement éprouvées par la guerre, les déportations et les destructions de synagogues. Dans ce domaine, son activité fut également considérable.
Tournant ses préoccupations vers l' action culturelle, éducative et spirituelle,
qu' il n' entendait plus laisser uniquement aux rabbins, renouant d' ailleurs ainsi avec une politique des notables remontant au XVIII° siècle, il chercha à rompre l' isolement des communautés rurales en créant des cycles de conférences sur des sujets contemporains et en encourageant les relations intercommunautaires grâce aux rencontres entre les mouvements de jeunesse. Il se montra favorable à un rapprochement avec l' Allemagne
d' Adenauer, tout en restant attentif aux résurgences de l' antisémitisme , alimenté en Alsace par des courants nostalgiques, actifs et dangereux, du pangermanisme et du nazisme. Il chercha à développer les moyens de culture en aidant les initiatives destinées aux étudiants et aux jeunes travailleurs. Sur les conseils de Claude Marx, alors secrétaire du Consistoire, il créa une chronique consistoriale mensuelle dans le " Bulletin de nos communautés ", hebdomadaire juif local, où furent publiées une série de monographies sur l' histoire des communautés juives de Basse Alsace rédigées sous la signature de Léon Weill. Il collabora également avec le jeune Conseil de l' Europe et participa aux pourparlers judéo-chrétiens qui accompagnèrent le concile de Vatican II.
Patriote intransigeant, il se montra très regardant sur les devoirs de l' Etat à l' égard des cultes dits " concordataires " ; ainsi, le 5 juillet 1957, il exigea que le président de la République René Coty assiste, comme lui-même, en jaquette, en présence des autorités civiles, militaires et religieuses, à la visite de la nouvelle synagogue de la Paix, alors en construction à Strasbourg ; l' inauguration officielle eut lieu que le 23 mars 1958 en présence de Pierre Pflimlin, alors ministre des Finances.
Joseph Weill rencontra à trois reprise le général de Gaulle : en 1946, pour l' informer de la situation dans les camps de personnes déplacées en Allemagne, en 1960, lors de sa visite à la Synagogue de la Paix, où il lui parla des menaces du panislamisme sur Israël et en 1961, où il l' entretint des menaces sur les juifs d' Algérie, mais il fut très affecté en 1967 par les propos du général sur " le peuple sûr de lui et dominateur " , au point de le manifester publiquement par une lettre au chef de l' Etat à qui il renvoya ses décorations. Il eut aussi à arbitrer de constantes mésententes entre Abraham Deutsch , grand rabbin du Bas-Rhin, accusé à la fois de libéralisme et d' orthodoxie, et la commission administrative de la communauté de Strasbourg, sorte de conflits quasi permanents en Alsace depuis le XVII° siècle !
Après sa retraite, il s' installa avec son épouse à Besançon, où son fils était professeur au C.H.U. ; il y rédigea ses mémoires, diffusées en exemplaires limités sous le titre " Déjà ", rééditées en 2002 par les soins de ses trois fils. Il mourut le 3 mars 1988. Joseph Weill était chevalier ( 1947 ), puis officier ( 1955 ) de la Légion d' honneur.
Surtout connue des historiens de la Résistance par son action dans l' aide aux réfugiés, aux internés des camps français d' internement et par sa contribution capitale dans le sauvetage des enfants juifs, la personnalité du Dr Joseph Weill dépasse largement le cadre de la guerre. Il fut d' abord un médecin, soucieux d' une éthique rigoureuse à l' égard des malades et de leur famille, un esprit non conformiste, incisif et lucide, volontiers moraliste, excellent hébraïsant, bon connaisseur de la littérature allemande contemporaine, attentif aussi bien aux évolutions de la politique européenne qu' aux relations entre les cultes, curieux de toutes les innovations techniques et conscient que l' avenir de la civilisation se forge par la connaissance et l' action. Il combattit le nazisme, dont il avait prévu, dès les années trente, les intentions criminelles, mais, après la guerre, préconisa le rapprochement avec la jeunesse allemande. Il dirigea, à la même époque, les jeunes diplômés à choisir une plus grande diversité professionnelle et préconisa et la fusion des communautés juives françaises avec celles de culture étrangère, d' Europe centrale ou
d' origine méditerranéenne. Un moment tenté par le Rotary et la franc-maçonnerie du B'nei Brith, il s' était vite rendu compte du manque d' efficacité réelle de ces clubs.
Joseph Weill avait épousé en 1927 Irène Schwab ( Gerstheim, 6 février 1900 - Montfaucon, 11 février 1981 ) ; ils ont eu trois enfants : Jacques ( 1929 ), professeur honoraire de la Faculté de médecine de Tours ; Francis ( 1933 ), radiologue, professeur honoraire au CHU de Besançon ; Dan ( 1938 ), chirurgien orthopédiste à Metz.
La sœur de sa femme, Fanny Schwab, institutrice, enseigna dans les années 1920 le français aux jeunes filles du Home de la rue du Bouclier fondé à Strasbourg en 1908 par Laure Weil. Elle devint ensuite sa principale collaboratrice et lui succéda comme directrice en 1952. Installé en 1928 rue Sellenick, il fut transformé en cité universitaire dans les années 1960 sur les conseils de Joseph Weill.

Ecrits:
- " Rapport sur la situation des juifs en Allemagne ", Genève, OSE, 1945, traduit en
anglais sous le titre " Report on the situation of the Jews in Germany ", Genève, OSE, 1946.
- " Contribution à l' histoire des camps de l' anti-France ", Paris, CDJC, i946, largement utilisé par tous les historiens et qui n' a pas encore été remplacé.
- " En lisant le Livre ", 1954, commentaire sur la Bible.
-" " Un quêteur d' absolu : Ernest Weill ", Paris, 1975, dédié à son père, qui refusa en 1917 le poste de grand rabbin du Bas-Rhin en raison de l' orgue installée à la synagogue du quai Kléber, avant d' accepter celui de Colmar.
- " Déjà !…, Essai autobiographique ", Besançon, 1983, rééditées sous le titre " Mémoires d' un juste ", Angers, 2002. L' OSE a rendu un hommage solennel au Dr Joseph Weill le 25 novembre 2002, à l' occasion de la sortie du livre.
Sources.


Archives de l' OSE, Paris :
- Archives historiques.
- Fonds du Dr Tschlenoff " : archives de l' Union-OSE et de l'OSE-Suisse.
Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne :
- sous-série 6 J ( Commission des camps ) ; inventaire de J.-B. Lacroix.
Archives départementales de la Dordogne, divers fonds.
Musée de la Résistance, Besançon :
- fonds Joseph Weill.
Archives d' Etat de Genève : dossier de police Joseph Weill.
Archives fédérales suisses, Berne :
- dossiers Joseph Weill, Mina Schwab et Fanny Schwab ( série N ).
- archives de la Croix Rouge suisse ( série II J 55 ).
" Archiv für Zeitgeschichte ", Zurich :
- Archives de la Fédération des communautés israélites de Suisse ( S.I.G.),
- Microfilm du fonds " Saly Mayer " ( Joint, bureau de Saint-Gall ).
Archives du Joint, New-York :
- Fonds 1933 - 1945,
- Fonds Saly Mayer.
" Mémoires d' un juste ", par Joseph Weill
Renseignements familiaux du Pr. Jacques Weill, Tours, et biographie de Joseph Weill sur le site du " Judaïsme alsacien ", par ses fils.

 

Bibliographie sommaire

 

Weill ( Joseph ), Mémoires d' un juste, Angers, 2002. 681 p., ill.

[ Georges Garel ], L' OSE sous l' Occupation en France, dans " L' activité des organisations juives en France sous l' Occupation ", Paris, 1947, et à part, Genève, 1947, rééd. 1983.

Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, fasc. 39, Strasbourg, 2002, notices " Ernest Weill " et " Joseph Weill ", par Jean Daltroff, p. 4129 - 4130.


Grynberg (Anne ), Les camps de la Honte, Paris, 1991 ; " Le comité de Nîmes ou les limites de la philanthropie, dans " Zone d' ombres, 1933 - 1944 ", ( J. Grandjonc et Therésia Grundtner, éd. ), Aix-en-Provence, 1990, p. 433 - 450.

Lucien Lazare, La Résistance juive en France, Paris, 1987.

E. Mazour et O.Rattner, L' UNION-OSE en France, dans "In fight for the health of the jewish people", New-York, 1968, p. 31 - 115.

Jacques Bloch, OSE in Switzerland, ( en français ), dans le même ouvrage, p. 143 - 162.

Lazare Gurvic, L' OSE, ses buts,et ses activités pendant la période 1912 - 1945, dans " Mélanges dédiés au Dr B. A. Tschlenoff…, Genève, 1946, p. 13 - 62.

Charles Altorffer, Au service des réfugiés alsaciens dans le sud-ouest (1939 - 1945 ), dans
" L' Outre-Forêt ", Revue de l' Alsace du nord, 1987.

 
Georges Weill
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