Mise à jour du : 9/07/04
 
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Grandes figures
 
 
Lazare Gurvic

Avocat d’ origine lituanienne, né à Panevézys ( Panevège ), province de Kaunas (Russie, aujourd’hui Lituanie), le 21 mai 1890, fils de Elie, ingénieur, et de Marie Gurvitsch ; mort à Genève (Suisse) le 6 novembre 1960. Secrétaire général de l’ O. Z. E. russe de 1917 à 1923 ; secrétaire général de l’UNION - O.S.E. de 1923 à 1960 ; secrétaire général de l’ O.S.E. - FRANCE de 1934 à 1942. Vice-président de l’O.S.E. - SUISSE de 1946 à sa mort. Secrétaire général du comité unifié O.R.T. - O.S.E. depuis 1925.

Né dans une famille juive bourgeoise, Lazare Gurvic commença ses études dans sa ville natale, puis à Saint-Pétersbourg, à Odessa et à Mitau (Lettonie) ; atteint de tuberculose, il dut les interrompre pour aller en sanatorium en Finlande. Elève brillant, il obtint les diplômes nécessaires pour forcer le « numerus clausus » qui limitait sévèrement le petit nombre d’étudiants juifs admis dans les universités russes et s’inscrivit en 1909 à la faculté de droit de l’Université de Dorpat dont il sortit en 1913 avec le diplôme d’avocat ; il se passionna aussi pour la politique , le sionisme, et, en 1912, pour la médecine sociale que l’O.Z.E. naissante se proposait de mettre en œuvre pour les masses juives pauvres de Russie.

Peut-être en raison de son militantisme de gauche, il fut empêché de s’inscrire au barreau et entra dans une maison d’édition. Patriote, il s’engagea dans l’armée dès la déclaration de guerre, en 1914, et fut envoyé dans le Caucase, mais pas directement sur le front turc, le gouvernement tsariste se méfiant des juifs. En 1915, il obtint un congé de longue maladie, par crainte d’une rechute, et se rendit à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou où il reprit contact avec l’ O.Z.E. dont les responsabilités étaient devenues très importantes en raison des drames provoqués par les retraites de l’armée russe en Pologne et dans les pays baltes (voir Histoire de l’ O.S.E.). Il y occupa immédiatement une fonction dirigeante auprès des médecins fondateurs, puis en devint le secrétaire général en 1917, à la mort de l’un d’entre eux, le docteur Frumkin.

Dès lors la personnalité de Lazare Gurvic se confond avec celle de l’ O.Z.E. , puis avec celles des différentes structures de l’ O.S.E., crées à partir des années 1920. Travailleur acharné, excellent négociateur et administrateur, il acquit peu à peu une stature internationale, aidé par sa femme, Olga Toumovski, juriste également, fille de médecin, qui fut pour lui une conseillère précieuse, surtout en matière de protection de l’enfance, domaine où l’O.Z.E., puis la future O.S.E., n’allait pas tarder à se spécialiser.

En octobre 1921, il obtint la nationalité lituanienne, qui, pendant la seconde guerre mondiale, lui fut d’un grand secours, et le couple quitta Moscou pour Kaunas où fut créée l’ O.S.E- LITUANIE ; L. Gurvic devint également directeur du département médical du Conseil National juif de Lituanie . Peu après, le gouvernement soviétique provoqua la dissolution de l’ O.Z.E. russe, dont la plupart des médecins fondateurs émigrèrent à Berlin. Gurvic les suivit pour organiser en 1923 le congrès de Berlin qui décida la création de l’UNION - OSE et dont il devint le secrétaire général. Il créa alors les filiales de l’ O.S.E. en Lettonie, Pologne et Roumanie, collabora avec le Comité Nansen pour les réfugiés et la société Agro-Joint-OSE, destinée à aider les colonies agricoles juives en Russie.

En plus du travail médical qui s’était mis en place dans les pays baltes et en Roumanie, L. Gurvic reprit contact avec les médecins qui avaient recréé en Pologne une société identique à l’ ancienne O. Z. E. sous le nom de T. O. Z. . ; il créa aussi, avec l’ O.R.T. l’Organisation d’aide aux émigrants juifs d’Europe centrale ( EMIGRDIRECT ), un comité unifié de soutien pour récolter des fonds, dont il devint le secrétaire général , et qui fut ensuite transféré à Paris en 1935. Il organisa, en 1930 à Berlin, la Conférence de l’ UNION - O.S.E., sous la présidence d’Albert Einstein , avec de nombreux médecins, afin d’unifier la politique et les méthodes d’intervention dans les pays où l’ O.S.E. exerçait son activité.

En 1932, l’O.S.E. décida de quitter Berlin, mais les fondateurs se séparèrent : une partie des médecins vint à Paris, où Gurvic les rejoignit , avec le Dr Brutzkus, et quelques autres ; le Dr Tchlenof s’installa à Genève où il fonda l’ O.S.E. Suisse., tandis que Gurvic fondait l’ O.S.E-FRANCE, dont le rôle fut déterminant pour le sauvetage des enfants juifs à partir de 1938 (voir Histoire de l’ O.S.E. ). , dont Justin Godard ( voir sa notice ) devint le Président d’ honneur et le Dr J. Brutzkus le vice-président. L. Gurvic organisa, en décembre 1934 à Paris, la 4° Conférence de l’ Union O.S.E. , sous la présidence du Dr Besredka, devenu président du comité central de l’ UNION-OSE ( voir sa notice ).

Il fit approuver un nouveau programme d’intervention applicable en France, où la situation des juifs émigrés et surtout des enfants élevés dans des taudis, était préoccupante ; il eut aussi à affronter les problèmes posés par l’ immigration des médecins allemands chassés par le nazisme, puis , à partir de 1938, ceux des enfants allemands, autrichiens ou tchèques envoyés en France par leurs parents et que le Comité central des Réfugiés, puis le Comité Israélite, créé à cet effet, confièrent en partie à l’ O.S.E. , seul organisme juif compétent pour les enfants. L. Gurvic continua, d’autre part , de rester en contact étroit avec les filiales d’Europe centrale, qu’il inspecta en 1938 et 1939.

En 1940, L. Gurvic et une partie de l’ O.S.E. quittèrent Paris pour Vichy, puis Montpellier, d’où il dirigea le travail médical et social de la zone sud , en collaboration avec une nouvelle équipe de médecins, d’éducateurs et d’assistantes sociales, en majorité d’origine alsacienne , dont le Dr Joseph Weill et Andrée Salomon ( voir leur notice ), qui jouèrent un grand rôle dans le sauvetage des enfants des camps d’internements .L. Gurvic représenta, en particulier, l’ O.S.E. au comité de Nîmes. Au printemps 1942, Joseph Weill et lui se rendirent en Suisse pour organiser l’accueil des enfants qui devaient passer la frontière, prévoir le financement des structure clandestines et alerter les responsables et les autorités suisses sur le sort des juifs de France ; ils furent , de leur côté, avertis de la mise en œuvre de la « solution finale ». Après leur retour, prévoyant une fuite probable, ils obtinrent du consulat suisse de Marseille une autorisation d’ entrée « non refoulable » ; celle des Guvic date du 10 octobre 1942, avec la nationalité soviétique, la Lituanie étant rayée de la carte depuis 1939.

Les Gurvic quittèrent Montpellier pour Vic-sur-Cère ( Cantal ), puis pour Chambéry ; avertis qu’ils étaient recherchés, ils passèrent la frontière suisse près de Genève le 29 décembre 1942. Internés pendant quelques jours, ils furent libérés le 3 janvier 1943 et s’installèrent à Genève où L. Gurvic reçut l’ autorisation de travailler le 9 février. Il collabora désormais avec le Dr Tchlenof, à la fois pour l’ UNION - O.S.E. , l’ O.S.E. - FRANCE et l’ O.S.E - SUISSE, qu’il représenta au Comité interconfessionnel pour le sauvetage des enfants, et dont il devint le vice - président. Il créa à Genève un foyer d’accueil pour les enfants et rétablit les contacts avec les branches de l’ O.S.E. en Amérique latine, en Australie et en Afrique du Sud. En septembre 1944, il revint aider Georges Garel à réorganiser l’ O.S.E à Paris ( voir sa notice ), mais résida désormais à Genève jusqu’à sa mort.

Après la guerre, il tenta de remettre sur pied les filiales détruites par les nazis en Europe centrale, où l’ O.S.E. avait pratiquement tout perdu, immeubles, matériel sanitaire et collaborateurs ; il se rendit en Pologne et en Tchécoslovaquie en 1946, mais également en Palestine. Il contribua à fonder les branches de l’ O.S.E au Maroc et en Tunisie , avec des personnalités locales de grande envergure. Il se préoccupa aussi de faire participer l’ O.S.E. aux principales organisations internationales, où il fut désigné comme représentant l’ Union- O.S.E : l’ Organisation mondiale de la Santé, l’ UNICEF , le Haut-commissariat aux Réfugiés, le Comité des O.N.G. etc .Il créa aussi de nombreuses branches de l’ Union - O.S.E. à travers le monde, donnant à cette organisation un caractère international et une réputation d’efficacité sans précédent, mais il connut aussi de nombreuses difficultés pour assurer un financement régulier aux multiples institutions médicales et sociales qu’il avait contribué à mettre en place en Europe et en Afrique du Nord.

Energique, opiniâtre et même tenace lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts de l ‘ O.S.E, , mais en réalité de caractère affable et modeste, Lazare Gurvic avait su faire la part entre ses idéaux de jeunesse, comme intellectuel juif russe, et les dures réalités du travail médical et social qu’il dut affronter en tant qu’ administrateur ; il y apporta des qualités de cœur auxquelles ses collaborateurs et ses nombreux correspondants à travers le monde ont rendu un hommage unanime lors de l’imposante cérémonie du souvenir qui eut lieu à Paris le 5 mars 1961.

( Texte mis à jour en septembre 2001 )

Source :
Bibliographie : « Lazare Gurvic, In Memoriam »
Paris, Union-OSE, s. d. (1961), 94 p.
Dossier Gurvic aux Archives d’ Etat de Genève.

Georges Weill - Conservateur général honoraire du patrimoine .

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