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Hommage à Mme Risa Roland, en souvenir de laquelle son époux M. Eric Roland a souhaité léguer à l’OSE

Risa Roland 30.4.1918 – 30.6.1998

Son nom était Risa, mais au hasard de la naissance, son nom aurait pu être Naima, Jeanne, Mireille ou peut-être Anna. Elle n’a jamais connu son père, tué lors de la Première Guerre mondiale. Sa mère, enceinte et incapable de faire face à la mort de son mari et à la charge de quatre autres enfants, l’a placée sous la protection de la communauté juive de Vienne. Son père était originaire de Bucovine et elle avait honte de son étrange nom de famille, Czaczkes, ignorant qu’elle portait le même nom de famille que Shai Agnon, lauréat du prix Nobel de littérature en 1966.

Elle a vécu ses premières années dans un orphelinat juif à proximité de Vienne, capitale de l’Autriche, une vie rude, dépourvue d’amour et soumise aux méthodes éducatives teutonnes. Mais certaines de ses camarades d’orphelinat sont devenues sa famille de substitution et sont demeurées ses amies pour la vie.

Risa se distingue dès son enfance par sa beauté tant intérieure qu’extérieure, par sa noblesse d’âme, son rire, sa gaîté et son sens de l’humour et, peut-être surtout, par son courage et sa détermination inébranlables face à l’adversité.

A quatorze ans elle fut transférée vers une autre institution juive à Vienne, le Krugerheim,. C’est là, qu’après avoir terminé sa scolarité obligatoire, elle apprend un métier et peut gagner sa vie. Elle est devenue une couturière compétente et talentueuse. À dix-huit ans elle était autonome. Elle partageait un logement avec des filles dans une situation semblable à la sienne et travaillait dans sa profession. Selon elle ce furent de bonnes années, des années où elle a travaillé dur, mais où elle s’amusait beaucoup.

Suite à l’Anschluss, en mars 1938, Risa se retrouva à la dérive; pas d’emploi ni logement pour une juive. Elle était sans famille pour l’aider, mais a eu la chance d’être accueillie par une famille juive comme « Dienstmaedl », comme domestique. Sous les nouvelles lois raciales, il était interdit aux Juifs d’employer un Aryen.

C’est dans cette famille qu’elle a rencontré Eric, l’homme qu’elle devait épouser près de trente ans plus tard. Ils ont établi un lien profond de confiance et d’amitié. Pour Risa c’était la première fois qu’elle a vécu dans un cadre familial.

Son émigration à Londres, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, a été arrangée par une de ses amies du Krugerheim. Sa vie à Londres ne fut pas facile – Londres était sombre, Risa ne possédait pas d’argent et ne maîtrisait pas la langue anglaise. Elle partageait une chambre avec plusieurs filles qui s’organisaient pour dormir en horaire décalé. Elle remplissait son estomac d’eau, car la nourriture était un luxe qu’elle ne pouvait pas se permettre. Et, comme c’était prévisible, elle se mariât deux ans plus tard; avec la mauvaise personne.

Sa plus grande joie fut la naissance de son unique enfant, Sylvie. Elle fut, naturellement une mère totalement dévouée à son enfant toute sa vie. Risa a fui son mariage malheureux quand Sylvie avait deux ans, aidée de nouveau par la famille Roland, qui s’était aussi réfugiée à Londres. Sylvie était tout pour Risa. Elle a travaillé très dur pour lui assurer une éducation et un foyer protecteur et chaleureux.

Quand Sylvie est devenue adulte et indépendante, Risa a finalement pu épouser Eric. Comme beaucoup de réfugiés talentueux, Eric aussi a prospéré dans sa profession et lui et Risa vivaient confortablement en Angleterre. Puis ils s’installèrent à Monaco en 1977.

Mais ils n’ont jamais oublié ni leurs racines et ni leurs difficultés, mais aussi la chance qu’ils ont eue. Néanmoins la lutte pour leur survie avait un prix.

En vieillissant, leurs passés douloureux continuaient à les obséder. La vie à Monaco était confortable mais ils sont restés, tous les deux, des victimes, des réfugiés perpétuels.

Risa aimait les enfants, surtout les jeunes filles. Elle les comprenait et s’est identifiée avec elles. Elle a toujours été là pour aider des jeunes filles ou des femmes en besoin de refuge.

C’est donc particulièrement approprié, qu’après sa mort, Eric, son mari, ait décidé de mettre en place un fonds au nom de Risa pour secourir, aider, soutenir et accompagner un enfant dans le besoin pendant ses premières années, quels que soient sa religion ou sa race.

Souhaitons à l’OSE de continuer à croître, à aider et à nourrir les enfants dans l’adversité.

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