En France, les trois quarts de la population juive doivent leur survie à des réseaux organisés, comme l’OSE, mais aussi à des personnes non-juives qui, en désobéissant aux lois de Vichy, n’ont pas hésité à mettre leur propre vie, et celles de leurs familles, en danger pour protéger les Juifs en fuite.
Comme ceux qu’ils ont sauvé, les Justes ont tous une histoire singulière. C’est pourquoi Katy Hazan a pris la parole pour raconter celle, exemplaire, de la mère de Serge Averbouh, sauvé par la famille Perrot. Enea Averbouh, assistante sociale à l’OSE, réussit à sauver de nombreux enfants juifs, aidée par des habitants de la Nièvre pendant ces années noires.
Allocution de Katy Hazan
« Jean François Guthmann, Président de l’OSE, Roger Fajnzylberg , Directeur général vous prient d’excuser leur absence à cette cérémonie de remise de médaille des Justes à la famille Perrot qui cacha Serge Averbouh.
Ils regrettent d’autant plus vivement que l’OSE et les gens de cette région ont noué ensemble de belles histoires de solidarité.
Permettez-moi de vous présenter l’OSE, Société pour la Protection Sanitaire des Populations Juives, née à Saint- Petersbourg, dans la Russie tsariste en 1912.
Quand elle arrive à Paris en 1934, après un détour à Berlin où elle a comme Président d’honneur Albert Einstein, elle francise son nom et devient l’Oeuvre de Secours aux Enfants pour garder son patronyme OZE.
Elle se met au service des Juifs émigrés surtout en 1938, après la nuit de Cristal et ouvre 4 maisons à Montmorency pour plus de 350 enfants. Elle en ouvrira une douzaine dans la Zone Sud.
A la déclaration de guerre, la direction part à Montpellier et laisse à Paris un représentant, le professeur Eugène Minkowski qui va organiser, à partir de 1941, un circuit clandestin d’enfants permettant de mettre à l’abri plus de 600 enfants dispersés dans toute la zone occupée. Il était assisté d’une certaine Enea Averbouh qui n’est autre que la maman de Serge.
C’est là que la Nièvre entre en scène, l’OSE y cherche des familles d’accueil.
Déjà en septembre 1939, à l’annonce des bruits de guerre, le gouvernement avait mis en place un plan d’évacuation dans lequel chaque arrondissement de Paris était affecté à un département. Les familles du 12ème arrondissement étaient accueillies dans le département de la Nièvre.
La Nièvre est connue pour ses nourrices et ses familles d’accueil qui n’hésitent pas à cacher des familles juives de retour dans la région ; on en trouve à Premery, Lanty, Luzy.
Mais il y a mieux.
Adjointe du Dr Minkovski à l’OSE, Enea Averbouh est également assistante sociale du Comité Amelot, un autre réseau juif. Elle dirige d’abord des patronages pour les enfants juifs restés à Paris, puis travaille au dispensaire de la rue des Francs-Bourgeois et, de fil en aiguille, cherche des caches pour sauver les enfants.
Elle tisse des liens dans la région de la Nièvre et fait du porte à porte dans les mairies pour trouver des cartes d’alimentation pour les Juifs qui se cachent et qui ont du mal à survivre.
Justement, le secrétaire de la mairie d’Aulnay en Bazois répond présent et prend le risque de lui fournir les précieux documents à condition qu’Enea Averbouh mette en scène une agression. Ils imaginent ensemble un scénario : le brave homme se fait ligoter et crie à une descente de résistants, en laissant le temps à Madame Averbouh d’emporter tout un paquet de cartes d’alimentation.
On crut ou on fit semblant de croire à cette histoire abracadabrante, l’important c’est que le secrétaire de mairie ne fut pas inquiété et qu’ Enea Averbouh put repartir avec son précieux matériel.
C’est d’ailleurs à Aulnay en Bazois que son mari et le petit Serge avaient trouvé refuge dans la famille Perrot qui est honorée aujourd’hui, pour leur attitude au printemps 1943.
Enea ignore tout, elle continue son travail clandestin, sous le couvert officiel de l’UGIF sans savoir qu’elle est dénoncée dans un rapport secret remis au Commissariat aux questions juives en mai 1943 :
« Une enquête, à condition qu’elle soit inopinée et menée par des policiers perspicaces, chez les Juifs Rabinovitch et Averbouh, mettrait peut-être sur la voie de l’origine des ressources permettant le fonctionnement clandestin de l’OSE plus ou moins reconstituée.
Quelques mois après, en octobre 1943, elle est recherchée par la Gestapo. Elle avait eu le temps d’accompagner tout un groupe d’enfants de l’orphelinat de la Varenne dont il reste une très jolie photo, appelée les « enfants de la Nièvre ».
C’est tout naturellement ici qu’elle trouva refuge sous le faux nom de Mme Letourno. Après la guerre, elle continue à travailler à l’OSE
Cet exemple parmi tant d’autres nous montre combien des gestes d’humanité ont pu devenir des actes d’héroïsme. L’OSE par sa présence à cette cérémonie tient à manifester sa reconnaissance toute particulière à la famille Perrot, à toute la population d’Aunay en Bazois et à ses représentants passés et actuels. »